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Posté au 5e étage d’Orsay, l’Ange du bizarre du Romantisme noir vous attend...

Froissements d’ailes. Le musée d’Orsay présente l’exposition sur le romantisme noir qui était jusqu’au 20 janvier 2013 au Städel Museum de Francfort/Main.

Paul Ranson, La Sorcière au chat noir © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Celle-ci rassemble plus de 200 œuvres d’artistes (extraits de films, tableaux, gravures, sculptures) qui fouillèrent sur plusieurs siècles (du XVIIIe au XXe) cette face sombre, maudite, maléfique du romantisme, celle hantée par la mort, le déséquilibre, la folie, les spectres, l’ésotérisme, nos plus secrètes peurs d’enfants comme nos cauchemars d’adultes les plus récurrents.

Préparez-vous à un vrai voyage... dépaysant en diable, car dans un sujet comme "Le romantisme noir de Goya à Max Ernst" beaucoup de personnages ou de sentiments peu recommandables embarquent. La nuit, l’angoisse, la peur, la terreur même, toutes nos ambiguïtés et nos vilénies sautillent en liberté.

Effleuré par l’exposition récente sur les médiums et l’art, de Victor Hugo à André Breton, le versant noir du romantisme fut révélé comme tel, pour la première fois, par l’Italien Mario Praz (1896-1982). Il désignait ainsi, dans les années 1930, dans son ouvrage "La Chair, la Mort et le Diable dans la littérature romantique" ce large volet de la création artistique qui, vers la fin du XVIIIe siècle, exploite la part d’ombre, d’excès et d’irrationnel qui se dissimule derrière l’apparent triomphe des Lumières et de la Raison. Sensiblement au même moment les surréalistes prenaient vigoureusement le relai.

Johann Heinrich Füssli Le Cauchemar © Detroit Institut of Fine Arts

L’atmosphère des romans gothiques anglais, aux remugles macabres et mystérieux, atteindra rapidement les arts plastiques, et les artistes d’Europe furent dès lors nombreux à la représenter, et à enrichir les imaginations de leurs contemporains d’univers terribles ou grotesques.

Goya et Géricault peignirent abondamment l’atrocité de la guerre comme la bestialité des hommes, si promptes à ressurgir par temps de naufrage. Peut-être Goya fut-il d’ailleurs le plus ambigu des deux, au point que l’on peut sérieusement douter qu’il ait été réellement la victime des monstres que la part incontrôlée de lui-même avait engendrée.

« Füssli et Delacroix donnèrent corps aux spectres, Milton, Shakespeare et Goethe aux sorcières et démons, tandis que Caspar David Friedrich et Carl Blechen projetaient le public dans des paysages énigmatiques et funèbres qui distillaient une sourde inquiétude. »

À partir des années 1880, des artistes régénèreront l’héritage du romantisme noir en l’abreuvant au puits sans fond de l’occultisme, « ranimant les mythes et exploitant les (récentes) découvertes sur le rêve (Freud), pour confronter l’homme à ses terreurs et à ses contradictions : la sauvagerie et la perversité cachée en tout être humain, le risque de dégénérescence collective, l’étrangeté angoissante du quotidien révélée par les contes fantastiques d’Edgar Allan Poe (à qui l’on doit le titre "L’Ange du bizarre") ou de Barbey d’Aurevilly. »

Une boutade en passant avec cette réponse faite par Madame du Deffand à la question posée par son ami Horace Wapole : "Croyez vous aux fantômes". Réponse : "Non, mais j’en ai peur !"

Et ce sera jusqu’au cours de la seconde révolution industrielle que ressurgiront hordes de sorcières, théories de squelettes ricanants ou de démons difformes, et lubriques Satans.

Chaude ambiance phonique dans cette succession de salles, avec quelque jolis cris d’effroi ou d’épouvante tirés de films d’horreur, et un fonds de musique parfaitement lugubre... et de temps à autre une citation claque, comme celle-ci, attribuée à notre Hugo national : L’homme qui ne médite pas vit dans l’aveuglement. L’Homme qui médite, vit dans l’obscurité ? En fait, nous n’avons que le choix du noir...

Quand les surréalistes, au lendemain de la Première Guerre mondiale, feront de l’inconscient, du rêve et de l’ivresse les fondements de la création artistique, ils parachèveront le triomphe de l’imaginaire sur le principe de réalité, et ainsi, l’esprit même du romantisme noir. Ils exhumèrent aussi le Divin Marquis, celui qui avait déclaré : "La cruauté est le premier sentiment qu’imprime en nous la nature".

Géricault Le Radeau de la Méduse © Musée du Louvre - photo Erich Lessing

Au même moment, le cinéma expressionniste des années 1930 s’emparait de Frankenstein, de Faust et d’autres chefs-d’œuvre du romantisme noir qui s’installait confortablement pour perdurer dans l’imaginaire collectif.

Comme le romantisme dans son ensemble avait cultivé comme grand principe esthétique l’art du contraste de même que le profond désordre qui règne aux frontières du bien et du mal, les monstres de ces films, comme les œuvres des artistes plasticiens de ce mouvement qui les avaient précédés, il devenait presque obligé de confronter des êtres monstrueux et grotesques à des vierges dont la pureté tant physique que morale ne saurait aucunement être mise en doute par quiconque.

En plus de celles des artistes déjà cités plus haut, œuvres de Samuel Colman, Carus, Fellner, Victor Hugo, évidemment, Rops, Redon, Klinger, Bouguereau, Paul Delaroche, et Böcklin.

Les commissaires de cette exposition sont le Dr Felix Krämer, conservateur du département d’art des XIXe et XXe siècles, au Städel Museum de Francfort/Main, et Côme Fabre, conservateur peinture au musée d’Orsay.

L’Ange du bizarre. Le romantisme noir de Goya à Max Ernst, du 5 mars au 9 juin 2013 au musée d’Orsay, 1, rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris, de 9h30 à18h, du mardi au dimanche, nocturne le jeudi jusqu’à 21h45, fermé le lundi. 12 et 9,5€.

Vous retrouverez dans les articles 2012 à Paris : les grandes expositions de A à Z et 2013 à Paris : les grandes expositions de A à Z les différentes expositions 2012 et celles de 2013 déjà annoncées par leurs établissements et musées.

Frederic Leighton (1830–1896) Crenaia, the nymph of the dargle, ca. 1880 Huile sur toile 76.2x26.7 cm Colección Pérez Simón, Mexico © Arturo Piera, Musée Jacquemart-André 09/13-01/14

Dans les articles Calendrier 2012 des grandes expositions à Paris et Calendrier 2013 des grandes expositions à Paris, ces mêmes expositions sont classées par dates.

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André Balbo

sources : Visite, musée d’Orsay, Libération

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