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Misia

Dernière mise à jour : lundi 6 mai 2019, par Expositions

Présentation de Misia, Reine de Paris

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Misia (Saint-Pétersbourg 1872 - Paris 1950), née Marie Sophie Olga Zénaïde Godebska, fille du sculpteur polonais Cyprian Godebski, petite-fille du violoncelliste belge Adrien-François Servais, fut au début du XXe siècle une jeune pianiste talentueuse à la beauté réputée, fascinante et insolente.

Félix Vallotton (1865–1925) Misia à sa coiffeuse, 1898, carton sur détrempe, 36x29cm Paris, musée d’Orsay © RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Cette personnalité extrêmement complexe présentait au moins quatre facettes, quatre personnages : la musicienne, la muse, la mécène et l’amoureuse.

Devant un être sortant tant de l’ordinaire et à la vie si romanesque, il est essentiel de se cramponner solidement au fil chronologique de ces aventures vraiment peu banales.

De la musique avant toute chose. Misia avait été l’élève du maître Gabriel Fauré, pianiste, organiste et compositeur de renom. Quand elle se produisait au piano dans les salons parisiens, les plus mélomanes et les jeunes gens de talent les plus fougueux s’en pâmaient d’aise. Parmi ses auditeurs transis, beaucoup en furent follement épris, mais nous ne dirons pas lesquels. Elle fréquentait les compositeurs les plus inspirés de son temps : Debussy, Ravel, Stravinsky, Satie, Poulenc. Plusieurs d’entre eux lui dédièrent d’ailleurs d’importantes pièces...

Muse et modèle. Maurice Ravel dédiera à Misia Le Cygne, une pièce de ses Histoires naturelles) et plus tard La Valse. Satie, très simplement, sa composition préférée, Trois Morceaux en forme de poire. Misia présentera Ravel à Serge de Diaghilev, qui lui commandera le ballet Daphnis et Chloé.

Parmi ceux qui subissaient son charme, de jeunes peintres firent d’elle de très nombreux portraits. Des tableaux de Vuillard et de Toulouse-Lautrec, une estampe de Vallotton, la représentent au piano, évocations des récitals qu’elle donnait en privé devant ses amis.

Misia, par Pierre Bonnard

S’il est dit dans les textes que Bonnard fut le seul pour qui Misia posa nue, aucun de ses tableaux ne la présente ainsi. Ainsi n’y a-t-il aucune indiscrétion sur la beauté proverbiale de celle que les journalistes d’alors avaient surnommée « la Reine de Paris ».

Où peut-on les voir ? Peut-être (qui sait ?) dans le trésor éparpillé des Wildenstein, Daniel s’étant vanté de posséder les 180 plus beaux Bonnard. "Et croyez-moi !"

Au temps de La Revue blanche. En 1893, Misia Godebska épouse Thadée Natanson, un ami d’enfance qui avait fondé avec son frère Alexandre le mensuel La Revue blanche.

Ces noces élargissent son cercle d’influence en plaçant la jeune musicienne si séduisante au cœur d’un groupe de créateurs d’avant-garde défendant un art suggestif, symboliste et décoratif. Il est très vraisemblable que Misia ait induite dès cette époque quelques-unes des tendances de la vie intellectuelle parisienne.

Les Natanson recevaient beaucoup dans leurs résidences, aussi bien parisienne qu’à Valvins, puis à Villeneuve/Yonne. Dont régulièrement Bonnard, Vuillard, Vallotton, Toulouse-Lautrec, Mallarmé, Romain Coolus, Tristan Bernard, Lugné-Poe, qui étaient ainsi devenus de leurs intimes. Beau portrait de Toulouse-Lautrec cuisinant chez eux, en pantalon large...

Mallarmé considérait que Misia était l’âme de la Revue blanche. Il lui dédicaça un éventail, comme le fera plus tard Cocteau. Bonnard et Toulouse-Lautrec la choisirent comme modèle de l’affiche publicitaire vantant la revue.

Des photographies de Misia, par Lautrec, Vuillard, Bonnard, existent et éclairent les portraits et les compositions de groupe, quand son charme slave magnétisait les artistes.

De toute évidence, elle avait ce "je-ne-sais-quoi" qui poussait la créativité des artistes à son paroxysme...

Madame Verdurinska. Thadée Natanson, ruiné par La Revue blanche, poussa, dit-on, Misia dans les bras du richissime magnat de presse Alfred Edwards, le fondateur du Matin. Ce dernier l’épouse en 1905, créant pour cette femme d’influences un nouveau cercle stratégique d’intervention. Elle présidera dorénavant aux intrigues du Tout-Paris de l’Avant-Guerre, et même aux soirées artistiques, dépensant la fortune d’Alfred Edwards sans compter, notamment dans la production des Ballets russes, qu’elle promeut.

Ce furent L’Après-midi d’un faune (1912), Le Sacre du printemps (1913), dont on se souvient encore du scandale suscité par Nijinski, très "ému" sur scène par un voile.

La représentation de Parade (1917) ne fut pas plus discrète. Elle présentait, en plus de ses novations artistiques, l’originalité d’avoir aggloméré, grâce aux efforts œcuméniques de Jean Cocteau, et financiers de Misia, la Rive droite et la Rive gauche du Paris artistique, d’avoir fait travailler ensemble pour la première fois très largement ceux qui allaient devenir les grands créateurs de cette époque.

Ainsi autour de Misia se rassemblaient les Diaghilev, Debussy, Stravinsky, Ravel, Cocteau, Reverdy, Gide, Max Jacob, Picasso, et Marie Laurencin... Et son appartement, rue de Rivoli, devenait proprement une annexe des Ballets russes.

Son rôle d’intermédiaire ou d’entremetteuse entre les créateurs et l’aristocratie internationale lui fournissait un puissant levier pour imposer ses goûts, proclamer ses admirations comme ses antipathies.

Ce fut son amie la plus proche à partir de 1916, Gabrielle Chanel, qui la surnomma "Madame Verdurinska", du nom slavisé du personnage de Marcel Proust, Madame Verdurin, dans À la Recherche du temps perdu, qui tentait sans cesse de piloter la vie intellectuelle voire sentimentale de son petit Tout-Paris à elle. Misia avait en effet servi en partie de modèle à ce personnage...

Amour, castagnettes et tango. C’est en 1908 qu’elle rencontre le peintre d’origine catalane, José Maria Sert, qu’elle épousera en 1920 après 12 ans de vie commune.

"Une débauche de luxe, d’alcool et de morphine transforment progressivement la muse des Nabis et la dogaresse de la révolution esthétique des Années 1910 en héroïne tragique de roman russe."

Ses relations tumultueuses avec ses maris, ses amis, ses artistes sont évoquées à travers des tableaux et des estampes signés Vallotton, Vuillard, Marie Laurencin, ainsi que par de nombreuses photographies.

La bordure du décor peint par Bonnard en 1906-10, pour la salle à manger de l’appartement de Misia, 29 quai Voltaire, constitue une allusion à peine cryptée à sa vie tumultueuse : le collier de perles qui festonne les panneaux faisant référence au marchandage sordide que lui fit sa rivale auprès d’Alfred Edwards, l’actrice Geneviève Lantelme, dont la teneur ne devait pas être très éloignée de : "ton collier de perles à la valeur inestimable et toi-même, et j’arrête ma liaison avec ton mari !".

Quant à la mort accidentelle de cette rivale, elle aussi sans scrupules, qui allait épouser un peu plus tard le magnat de la presse, elle ne fut jamais vraiment élucidée, certaines mauvaises langues allant jusqu’à suggérer qu’il l’aurait jetée vivante dans les eaux du Rhin...

La vie romanesque de Misia a inspiré plusieurs fictions. L’autre marchandage, dont elle fut victime au moment de la ruine de Thadée Natanson, se trouve transposé dans une pièce cosignée par Octave Mirbeau et... Thadée Natanson, Le Foyer (1906, jouée en 1908). L’œuvre fit l’objet d’un procès.

Misia est aussi le modèle de la princesse de Bormes dans Thomas l’Imposteur (1923), de Jean Cocteau. Elle l’inspira également, pour Les Monstres sacrés (1940), sa pièce mettant en scène, ou scène mettant en pièces, le trio Misia, Sert, et Roussy, qui sera la maîtresse, puis la femme, du 3e mari de Misia, le peintre José Maria Sert. Leur triolisme affiché fit un temps un chapelet de scandales à Paris...

Un film de Bobsie Chapman, tourné 1934, où apparaissent Misia, Roussy et Colette, évoque la vie sentimentale de ce personnage hors du commun, témoin et acteur de la création française pendant près de 60 ans.

L’exposition au musée d’Orsay

Cette exposition, du 12 juin au 9 septembre 2012, fut organisée par les musées d’Orsay et Bonnard, du Cannet, et se tint au 5e étage, à l’étage des Impressionnistes, qui venait juste d’être ré-agencé.

Les commissaires de cette exposition étaient Isabelle Cahn et Marie Robert, conservateurs au musée d’Orsay.

Cette exposition allait du 13 octobre 2012 au 6 janvier 2013, au musée Bonnard, au Cannet.

Des sujets de controverses demeurent, dont le fait que José Maria Sert l’aurait recueillie à la fin de sa vie, selon les organisateurs de l’exposition au Petit-Palais qui lui est consacrée. Elle aurait été abandonnée de tous et serait morte dans la plus grande solitude... selon ceux de l’exposition au musée d’Orsay. Qui croire ?

José Maria Sert, le Titan à l’œuvre (1874-1945), au Petit Palais, jusqu’au 5 août 2012. L’art et la personnalité d’un grand peintre décorateur injustement méconnu.

José Maria Sert, Le Carrousel, détail, 1923 / © Museo nacional de artes decorativa.

L’atelier et son organisation permettent de brosser le portrait d’un artiste controversé. Sert fut amicalement lié à des musiciens (Albéniz, Stravinsky, Debussy), des artistes (Degas, Denis, Picasso), des écrivains (Cocteau, Claudel, Proust), des hommes politiques (Berthelot, Cambó) et des personnalités en vue (Diaghilev, Chanel). Il transmet ce foisonnement dans des œuvres majeures, des photographies de travail, des maquettes et des films. Une pratique artistique qui a marqué son temps.

Misia, Reine de Paris, au musée d’Orsay, du 12 juin au 9 septembre 2012.

André Balbo

sources : Visite, Isabelle Cahn et Marie Robert, musée d’Orsay, Wikipedia, Sert, Petit-Palais