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DERNIERS JOURS de l’exposition Picasso-Giacometti

lundi 2 janvier 2017, par André Balbo

Du 4 octobre 2016 au 5 février 2017, le musée Picasso-Paris dévoile les nombreux liens qui rapprochaient ces deux artistes, parmi les tout premiers du XXe siècle.

Présentation de l’artiste

Voir Présentations d’Artistes de A à Z

Alberto Giacometti (1901-1966), sculpteur et peintre suisse, naquit dans le canton des Grisons. Incité par son père peintre post-impressionniste à s’intéresser à l’art, il fera des portraits des membres de sa famille ou de ses proches, réalisant même son premier buste d’après nature à 13 ans.

Il étudiera en 1919 aux Beaux-Arts de Genève avant de se rendre à Paris en 1922, où Il fréquente l’atelier d’Antoine Bourdelle à l’Académie de la Grande Chaumière à Montparnasse (1922-1925), découvrant le cubisme, l’art africain et la statuaire grecque dont il s’inspirera dans ses premières œuvres.

Ses sculptures sont en plâtre, parfois peintes secondairement, ou souvent coulées en bronze.

Il s’installe en 1926 à Paris au 46 rue Hippolyte-Maindron (75014) dans "la caverne-atelier" qu’il ne quittera plus, malgré sa petite taille et son inconfort, et où son frère Diego, sculpteur et décorateur, le rejoint en 1930.

Alberto Giacometti retourne régulièrement en Suisse travailler dans les ateliers de son père, à Stampa et Maloja. Il expose en 1927 ses premières œuvres au Salon des Tuileries (Femme cuillère, 1927).

Après avoir créé des sculptures "plates" (Femme, 1929) et "ouvertes" (Homme et Femme, 1929), Giacometti se rapproche des surréalistes et expose à partir de 1930 aux côtés de Joan Miró et Jean Arp à la galerie Pierre.

© Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti + ADAGP) Paris

Il rencontre Tristan Tzara, René Crevel, Pablo Picasso, Louis Aragon, André Breton, Salvador Dalí, André Masson, et adhère au groupe surréaliste parisien en 1931.

Il crée alors diverses œuvres, gravures et dessins pour illustrer des livres de Crevel, Tzara et Breton, et participe à la rédaction des revues du groupe.

Avec La Boule suspendue (1930-1931), Giacometti crée le premier "objet à fonctionnement symbolique" (1930) et une série de sculptures surréalistes qui proposent des formes organiques à fortes connotations sexuelles enchantant Breton : L’Objet invisible (1934), et Le Palais à 4 heures du matin, à propos duquel il publie un texte capital.

"Depuis des années, je n’ai réalisé que des sculptures qui se sont offertes tout achevées à mon esprit ; je me suis borné à les reproduire dans l’espace sans y rien changer, sans me demander ce qu’elles pouvaient signifier. […] Rien ne m’est jamais apparu sous la forme de tableau, je vois rarement sous la forme de dessin. Les tentatives auxquelles je me suis livré quelquefois, de réalisation consciente d’une table ou même d’une sculpture ont toujours échoué. […] L’objet une fois construit, j’ai tendance à y retrouver transformés et déplacés des images, des impressions, des faits qui m’ont profondément ému (souvent à mon insu), des formes que je sens m’être très proches, bien que je sois souvent incapable de les identifier, ce qui me les rend toujours plus troublantes…" (Minotaure, 1933).

L’inquiétude, l’onirisme, l’incertitude, la violence sont présentes dans ses sculptures de l’époque : Cube, Femme qui marche, Femme couchée qui rêve (1929), Femme égorgée (1932), Cage (1932), Fleur en danger, Objet désagréable à jeter, Table, Tête crâne. La plupart de ses œuvres, de jeunesse ou surréalistes, ont été éditées en bronze dans les 10 dernières années de sa vie.

Alberto Giacometti, Boule suspendue, 1930-1931, Bois, fer et corde, 60,4x36,5x34cm Centre Pompidou, musée national d’art moderne, Dist. RMN-GP, photo Philippe Migeat, Centre Pompidou © Succession Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris) / ADAGP, Paris 2013

Exclu du groupe surréaliste en 1935, Giacometti conserve toutefois des relations amicales avec Michel Leiris, Pablo Picasso et Georges Limbour, et ses sculptures ne cesseront d’être présentées dans les diverses expositions surréalistes.

À partir de 1935, Giacometti entame une quête interminable de la représentation de la réalité, produisant des séries de têtes pour lesquelles son frère Diego et un modèle posent.

Il reste à Paris au début de la guerre, comme Picasso, qu’il revoit beaucoup. Giacometti part en décembre 1941 pour travailler à Genève dans une chambre d’hôtel, poursuivant la production de minuscules sculptures commencée à Paris.

L’impossibilité de réaliser une sculpture de grande taille le hante, jusqu’à ce qu’il surmonte cet obstacle en réalisant la Femme au chariot en 1944-45, retournant alors en septembre 1945 à Paris. Il y sera rejoint en 1946 par Annette Arm, qui deviendra sa femme en 1949.

En octobre 1946, André Breton, revenu des États-Unis, déclara : "Au terme de ses nouvelles recherches, j’ai vérifié avec enthousiasme qu’en sculpture Giacometti était parvenu à faire la synthèse de ses préoccupations antérieures, de laquelle m’a toujours paru dépendre la création du style de notre époque." Giacometti déclinera pourtant la proposition du pape du surréalisme de participer activement à l’exposition de la galerie Maeght, Le Surréalisme en 1947, bien que certaines de ses œuvres fassent écho au surréalisme (Le Nez, 1947-49, La Main, 1947).

C’est pendant les années 1946-1947 que s’affirmera le nouveau style, avec ses hautes figures filiformes, de Giacometti, dont la production est stimulée par les relations renouées avec le marchand new-yorkais Pierre Matisse, celui-ci accueillant sa première exposition personnelle d’après-guerre en janvier 1948.

Alberto Giacometti - Jean Genet - 1955

Cela permet également en 1947 à Giacometti de faire fondre en bronze 8 de ses nouvelles sculptures, dont L’Homme qui pointe et le premier Homme qui marche. Suivent en 1948 Les Trois hommes qui marchent et les Places.

Pour l’exposition qui ouvre dans la galerie de Pierre Matisse en 1950, Giacometti produit quelques-unes de ses plus fameuses sculptures, dont il commence l’édition en bronze. Ce sera le cas de Quatre femmes sur socle, Quatre figurines sur piédestal, La Forêt, La Clairière, La Cage, Le Chariot, La Femme qui marche entre deux boîtes qui sont des maisons.

En juin 1951, il tiendra sa première exposition d’après-guerre à Paris, à la galerie Maeght, sur l’amicale pression de son ami Louis Clayeux. Il y présente des œuvres déjà montrées chez Matisse, et plusieurs œuvres nouvelles, toutes en plâtre, dont Le Chat et Le Chien.

Alors qu’en 1948 Sartre avait signé la préface de la première exposition new-yorkaise de Giacometti (La Recherche de l’absolu), en 1951, ce sont Michel Leiris et Francis Ponge qui accompagnent celle de Maeght.

Sartre écrira en 1954 un autre texte de référence sur l’artiste, mais ce sera Jean Genet (dont Giacometti a fait le portrait) qui publiera en 1957 pour la galerie Maeght, Derrière le miroir, l’un des plus brillants essais sur l’artiste, L’Atelier d’Alberto Giacometti.

À partir du milieu des années 1950, Giacometti réduit ses motifs à des têtes, des bustes, des figures. Représentant la France à la Biennale de Venise en 1956, il expose des figures féminines moins grandes que nature (Femmes de Venise), même si certaines furent montrées pour la première fois à Berne la même année.

L’Homme qui marche, 1947, bronze, 183 cm, Alberto Giacometti

Grâce à Matisse, il obtient en 1958 une commande pour une place à New York devant la Chase Manhattan Bank, qu’il n’honorera pas, créant pour ce monument une grande femme, un homme qui marche, une grande tête. Il sera finalement installé dans la cour de la Fondation Maeght, comprenant deux Hommes qui marchent, deux Grandes femmes et une tête monumentale.

Giacometti remporte le prix Carnegie International en 1961, le grand prix de sculpture de la Biennale de Venise en 1962, le prix Guggenheim en 1964, et le Grand Prix international des Arts décerné par la France en 1965.

Participant activement au projet de la Fondation Maeght, il fera cadeau à l’institution au prix de la fonte d’un nombre important de bronzes.

Annette, sa veuve, créera à Paris par testament une Fondation Alberto et Annette Giacometti rassemblant un grand nombre de tableaux et de sculptures de l’artiste.

Le 11 mai 2015, chez Christie’s à New York, son œuvre L’Homme au doigt, réalisée en 1947, est vendue aux enchères. 141,2 millions de dollars.

Giacometti réalisa également des peintures et des dessins. Connu essentiellement pour ses portraits, faits soit d’après modèles, soit de mémoire. Le nombre de ses modèles a été relativement limité, les plus connus étant son frère Diego et sa femme Annette. Il a utilisé parfois des professionnels ou certains de ses amis (dont le professeur de philosophie Yanaihara à partir de 1955).

Ses portraits se caractérisent par l’absence de décor, une palette quasi monochrome et sombre, l’attitude figée du modèle, toujours de face, qui contraste avec l’abondance des retouches au niveau du visage.

Giacometti a aussi fait quelques paysages ou natures mortes dans sa jeunesse, et peint quelques tableaux abstraits dans les années 1920-1930.

L’exposition Picasso-Giacometti au musée Picasso

Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est la première exposition commune qui rapproche les œuvres de ces deux monstres sacrés de l’art moderne !

Cette exposition "Picasso-Giacometti" du Musée national Picasso-Paris a été organisée en collaboration avec la Fondation Alberto et Annette Giacometti à Paris.

Elle met en lumière les relations formelles, amicales ou iconographiques qui se sont tissées entre ces deux artistes majeurs du XXe siècle.

Malgré la différence d’âges (Picasso est l’aîné de 20 ans), les points communs entre ces deux artistes sont nombreux. Ils se reconnaitront comme des égaux, et, selon les périodes, arrivaient parfois à se voir... tous les jours.


Alberto Giacometti (1901-1966), Autoportrait, 1921, Huile sur toile, Kunsthaus Zürich, Alberto Giacometti-Stiftung // Pablo Picasso (1881-1973) ; Autoportrait, Paris, fin 1901, Huile sur toile, MN Picasso, 1979.

Les deux étaient fils d’artistes, particulièrement doués, et précoces, ayant commencé à la prime adolescence. Tous deux prirent alors leurs modèles sur eux-mêmes, avec des autoportraits, et dans leur famille respective. Ils étaient l’un comme l’autre à la recherche d’un vocabulaire moderne, sensibles et même fascinés par les arts non européens (Afrique, mais aussi Asie, Égypte et même préhistoire, pour ce qui concerne Giacometti).

Observateurs attentifs de ces arts comme des objets archéologiques ils tirent une part de leur inspiration des collections du Louvre et du musée d’Ethnographie du Trocadéro (masques). Les totems de Picasso et les stèles de Giacometti présentent une même volonté de stylisation des formes et évoquent le caractère magique des antiquités orientales, des œuvres des Cyclades, des sculptures d’Afrique et d’Océanie.

Ils y trouvèrent des éléments d’authenticité, puis chacun, comme s’il s’agissait d’une évidence, se rapprocha des surréalistes.

La première rencontre eut lieu en 1931, et quand Giacometti effectua sa première exposition personnelle, le premier visiteur en fut Picasso qui aurait dit : "C’est joli, c’est joli !". Il avait très vite été persuadé du fort potentiel de Giacometti encore jeune.

Alberto Giacometti (1901-1966) Homme (Apollon), 1929, bronze, Fondation Giacometti Paris // Pablo Picasso (1881-1973) Figure, Paris, Automne 1928, fil de fer et tôle. Musée national Picasso-Paris, en dépôt au Centre Pompidou.

D’autres points communs les rapprochaient, comme leurs sujets de création de prédilection : la femme aimée, l’érotisme et la violence, le passage de la vie à la mort, la mort elle-même, et les animaux.

Ils se fréquenteront à nouveau dans les années 1940-41 dans Paris occupé, de nombreux autres artistes ayant déserté la capitale. À son retour ils se revoient beaucoup à six, avec le couple Leiris.

Alberto Giacometti (1901-1966). Grande Femme assise, 1958, bronze, Fondation Giacometti, Paris

Chacun de son côté, fidèle au réalisme, chercha une voie personnelle nouvelle pour y parvenir, sans pour autant sombrer dans le social réalisme ni sans qu’il y ait retour aux formes traditionnelles.

L’un comme l’autre se consacre aux portrait de la femme aimée, aux paysages que l’on aperçoit des fenêtres, et aux animaux.

Justement ! Et l’amour, dans tout ça ? Dans les représentations de l’amour, les démembrements du corps humain sont autant d’images d’Éros (l’Amour) que de Thanatos (la Mort). Les pulsions de vie des désirs sexuels côtoient les instincts de morts. parfois les partenaires s’entre-dévorent dans un ébat évoquant la violence de la sculpture surréaliste de Giacometti de 1933 Femme égorgée.

Une autre donnée qu’ils ont en commun est qu’ils sont également et absolument des créateurs compulsifs que rien ni personne ne saurait arrêter. Et que, proche du PCF, ils avaient été très affectés par la Guerre civile d’Espagne et par ses conséquences.

Sans qu’une influence ait été marquée, ou remarquée, Giacometti conserve des traces des sculptures cubistes, il copie dans son carnet certains des tableaux de Picasso, mais poursuit sa route par son propre chemin.

Certaines petites sculptures frêles de Giacometti sont de véritables poèmes, comme la Fleur en danger, et La Pointe et l’œil...

Pablo Picasso. La mort de Casagenas, Paris été 1901.

Le fort lien avec la mort leur est aussi commun. Picasso avait été très affecté par la mort prématurée de son ami Casagemas, dont il a fait un tableau, et Giacometti surprit la mort d’un vieillard, qu’il vit fondre et se transformer en cadavre.


Quelques animaux. On remarquera que le modèle qui servit à Giacometti pour faire son chien n’est autre que le somptueux lévrier afghan de Picasso.

Ce dialogue entre Giacometti et Picasso est envisagé à partir des collections du musée Picasso et de la Fondation Giacometti. Il confronte l’approche qu’ils ont pu avoir dans différents domaines de création : peinture, sculpture, art graphique, mais aussi à l’appui des fonds d’archives privées des deux artistes.

Picasso-Giacometti, du 4 octobre 2016 au 5 février 2017, au Musée national Picasso-Paris, 5, rue de Thorigny, 75003 Paris, 01 85 56 00 36, métro Saint-Paul, Filles-du-Calvaire, Saint-Sébastien-Froissart, ou Chemin-Vert, bus 20, 29, 65, 75, 69, 96. Tous les jours sauf le lundi, le 25 décembre, le 1er janvier et le 1er mai. De 11h30 à 18h du mardi au vendredi, de 9h30 à 18h les samedi et dimanche. 12,50 ou 11€. Réservations +33 1 85 56 00 36 ou www.museepicassoparis.fr. Le musée est accessible aux personnes à mobilité réduite. Accueil personnalisé : accessibilite@museepicassoparis.fr.

Lire aussi Le surréalisme et l’objet, exposition de 2014 au Centre Pompidou.

Picasso. Sculptures exposition de l’été 2016 au musée Picasso.


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Vous retrouvez comme chaque année dans LES GRANDES EXPOSITIONS 2016 à Paris de A à Z les différentes expositions annoncées par leurs établissements et musées.

Frederic Leighton (1830–1896) Crenaia, the nymph of the dargle, ca. 1880 Huile sur toile 76.2x26.7 cm Colección Pérez Simón, Mexico © Arturo Piera, Musée Jacquemart-André 09/13-01/14

Dans CALENDRIER 2016 des grandes expositions à Paris ces mêmes expositions sont classées par dates.

Dans la série Toutes les expositions 2016 dans les plus grands musées de Paris... lire également :
Au musée du Louvre, au Centre Pompidou, au Grand Palais, au musée d’Orsay, au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, au Jeu de Paume, au Palais de Tokyo, à la Bibliothèque nationale de France, au musée du Quai Branly, au musée des Arts décoratifs, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain.

Nous nous efforçons de tenir ces articles à jour, et nous vous remercions des suggestions, précisions, ajouts et corrections que vous pourriez être amenés à apporter à ces programmes.

Nous vous indiquons chaque semaine les nouveautés, les expositions qui fermeront bientôt leurs portes, et... nos préférences, car on ne se refait pas : Paris Expos Hebdo : Nouveautés, Conseils, Derniers Jours.

Contre l’actualité artistique qui chasse ce que l’on se croyait capable de retenir, les catalogues d’expositions peuvent avoir, quand ils sont faits avec exigence, un rôle certain à jouer. Nous établissons, au fur et à mesure de leur publication, notre sélection des catalogues d’expositions 2016 de Paris, comme nous l’avons fait les années précédentes : 2015, 2014, 2013, 2012.

Le catalogue de cette exposition fait partie de notre sélection 2016 des catalogues d’exposition de Paris.

Vous pouvez consulter quelques dizaines de présentations d’artistes, classées de A à Z.

Nous vous proposons aussi une sélection de musées et d’expositions dans les villes françaises suivantes, que nous nous efforçons de tenir assez régulièrement à jour :
- Angoulême - Arles - Avignon - Bordeaux - Dijon - Grenoble - Ile-de-France - Lens - Lille - Lyon - Marseille - Metz - Montpellier - Nantes - Nice - Ornans - Rennes - Rodez - Rouen, Le Havre - Saint-Étienne - Strasbourg - Toulouse - Tours

Et juste des musées et expositions temporaires pour quelques villes étrangères : Amsterdam, Berlin, Bâle, Bruxelles, Genève, Londres, Madrid, Milan, et Venise.

André Balbo

sources : Visite, musée national Picasso-Paris, dictionnaire Hazan

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