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À propos de l’exposition Basquiat…

L’exposition Jean-Michel Basquiat, au palais de Tokyo, a déplacé et déplacera encore certainement les foules. Les files d’attente y ont été jusqu’à présent impressionnantes. Plusieurs dizaines de mètres !

Le musée d’Art moderne de la Ville de Paris réalisait ainsi coup sur coup deux grands succès populaires et médiatiques avec Larry Clarke et lui. Chapeau bas.

Je ne connaissais pas du tout, je l’avoue, Basquiat, peintre américain à la carrière de comète, qui explosa en vol, en août 1988, mourant d’une overdose à 27 ans, et je m’y suis rendu.

J’ai trouvé l’accrochage de cette exposition très réussi. De l’espace. De belles transitions et des oppositions justifiées. Une chronologie. Un rythme. Du souffle. Franchement. Les œuvres ne manquent pas de force, mais… j’en suis pourtant ressorti étourdi, frustré et passablement choqué.

La dimension tragique de l’ensemble du travail de Basquiat prédomine. Lui qui voulait à toutes forces devenir une star de l’Art, y sera-t-il parvenu à la hauteur de son ambition ? N’aura-t-il pas été (au moins autant) plus trivialement une coqueluche du marché de l’art ? Âprement, violemment exploitée par les galeristes successifs qui gérèrent si efficacement à la queue leu leu, et parfois simultanément, leurs intérêts, et accessoirement les siens ?

Sa vie ressembla peut-être trop cruellement à celles de ces grands boxeurs noirs, jouets à la fois de la pègre et du clinquant, et qu’il situait si haut dans son panthéon.

Son œuvre m’est apparue très fortement codée. D’une expression meurtrie et multiculturelle. Agressive aussi, mais assez élégante, tranchante et naïve. J’aurais eu besoin de quelques explications. Pourquoi ici des lettres ? Et pourquoi là tous ces mots, et ces cases, et ces dessins d’enfants, et cet effroi ? Quelques clés. Quelques dates. Des éléments d’explication portant sur les oeuvres elles-mêmes. Que l’on me parle un peu de ce qui est montré. Mais rien.

Et j’ai été choqué que cette exposition d’une œuvre intéressante et forte, encore peu connue en France, me semblait-il, nous soit donnée à voir avec pour seuls repères chronologiques et explicatifs les quelques galeristes, critiques et Andy Warhol qui jouèrent tant avec la cote de Basquiat et surent si parfaitement se mettre en avant grâce à lui. Le galeriste mérite-t-il tant que cela d’être le nouvel héros de l’art moderne ? Les musées américains et anglais ont encore beaucoup à nous apprendre, en privilégiant dans leur organisation muséale, les oeuvres !

Bref, vraiment pas content de cet aspect de l’expo. Pédagogie zéro. Je ne venais pas lire le Gala ou la Gazette de Drouot consacrée à ce peintre.

En conclusion, avant d’aller voir Basquiat, je conseillerais de lire et d’en saisir des "éléments de langage". C’est je crois indispensable. D’ailleurs maintenant il faudra que j’y retourne !

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. 11, avenue du Président Wilson 75116 Paris 01 53 67 40 00 Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 18h (fermeture des caisses à 17h15). Nocturne le jeudi jusqu’à 22h (expositions uniquement, fermeture des caisses à 21h15). Fermé les jours fériés. Le musée fermera à 17h les 24 et 31 décembre 2010 (fermeture des caisses à 16h15). Métro Iéna. L’exposition Larry Clarke est jusqu’au 2 janvier (interdite aux moins de 18 ans), et celle de Basquiat jusqu’au 30 janvier.

André Balbo

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