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Archives et bilan au Mémorial de la Shoah : le catalogue de l’exposition la Spoliation des Juifs obtient le Prix CatalPa 2013

vendredi 6 octobre 2017, par André Balbo

Allemagne nazie, 1933. Des campagnes de boycott des entreprises ou commerces appartenant à des Juifs se multiplient. Avec exactions, et parfois expropriations sauvages. Elles seront le fait de SA, de SS, ou même d’une partie de la population.

Panneau indiquant une "entreprise juive" en allemand et en français, sur une devanture de magasin. Paris, 1940. Crédit : Mémorial de la Shoah

Puisque l’époque troublée pousse les gens à lire encore davantage la presse, ces faits sont alors connus de tous.

Leurs récits figurent en détails dans les journaux, dont les français.

La Shoah s’est imposée prioritairement dans nos mémoires pour sa gravité suprême, au détriment de la redoutable arme qu’était la spoliation des juifs d’Europe. Mise sur pied en Allemagne, elle allait être adoptée par les régimes alliés au Reich, puis dans les territoires occupés. Elle s’imposera par la force de la loi, grâce aux applications "appliquées" qu’en feraient les administrations les plus banales (mairies, préfectures), par des services spécialisés, et avec la participation de la population, d’aucuns y trouvant un intérêt certain.

Affiche sur un magasin juif, indiquant, en allemand et en français, la mise en gérance de celui‐ci par un Commissaire gérant aryen nommé par application de l’ordonnance allemande du 18 octobre 1940. Crédit : Mémorial de la Shoah

Appelée « aryanisation » économique, cette politique d’État avait pour but la spoliation systématique, on pourrait dire systémique, des entreprises, des commerces et des biens appartenant aux Juifs sur l’ensemble du territoire français en vue « d’éliminer l’influence juive de l’économie nationale » (loi du 22 juillet 1941). L’État français en intègre les principes dans le cadre de sa politique antisémite.

Cette spoliation est engagée sur le territoire dès 1941. De l’identification des Juifs, et de leurs biens jusqu’à leur vente ou leur liquidation, c’est un processus administratif très efficace basé sur un arsenal législatif qui se met en place en France, impliquant non seulement un nombre important d’administrations, mais également de larges pans de la société.

L’ordonnance du 27 septembre 1940 impose à tout commerce situé en zone occupée, dont le propriétaire est désigné comme juif, d’apposer sur sa vitrine une affichette indiquant « Entreprise Juive » en français et en allemand. France, 1940. Coll. Mémorial de la Shoah / CDJC.

En France et plus largement en Europe, les spoliations furent un rouage essentiel du processus d’exclusion des Juifs, qui facilita ensuite la mise en œuvre de la « Solution finale de la question juive ».

La spoliation se fera au vu de tous : affiches placardées, publications dans la presse, publicité des enchères, etc. La loi l’impose et la rend juridiquement inattaquable (une exception rarissime est présentée, l’affaire ayant été portée jusqu’au Conseil d’État).

Pour réussir cette politique, qui vise à appauvrir les juifs, à briser les liens existants entre eux et le reste de la population, et à organiser leur mort sociale, le soutien du peuple et de ses représentants est nécessaire. La France en adaptera le principe afin que le bien (tout de même !) reste français.

Un administrateur provisoire est nommé pour ces commerces, ces entreprises, ces biens. Ils seront en France jusqu’à 20 000 à exercer cette belle fonction ! Ils feront appel à tous les spécialistes nécessaires, experts, architectes, notaires, et "géreront" à leur bon vouloir, certains en "bon père de famille", d’autres en équarrisseurs.

Selon leur volonté et selon son importance, le bien sera alors vendu en actions, vendu aux enchères (des registres des propositions recueillies seront établis), ou purement et simplement liquidé. Les fonds recueillis seront répartis notamment entre la Caisse des dépôts et consignations, et le Commissariat général aux Questions juives, finançant ainsi son action !

Une affaire est déclarée juive par son propriétaire, qui en a l’obligation légale sous peine d’amende ou d’emprisonnement. Ce recensement "spontané" sera amplifié par le CGQJ nommé à cet effet.

La proportion des biens "juifs", passés ainsi en 3 ans sous administration provisoire, est impressionnante : 47% en Ile-de-France, plus de 40% à Lyon et Clermont-Ferrand, 54% à Limoge, 38,7% à Marseille, selon le CDJC, créé le 29 avril 1943 à Grenoble.

Son fondateur, Isaac Schneersohn rassemblera 40 représentants d’organisations juives pour le constituer, lui donnant pour principaux buts d’écrire le sort subit par les juifs en France depuis 1940, et de leur permettre à la Libération de recouvrer leurs droits.

À la fin des Années 1940, 90 à 95% des biens spoliés auront été restitués, mais les 5 à 10% restant (dont les propriétés des gens qui ne sont pas revenus et n’ont donc pas pu revendiquer quoi que ce soit...) seront remis en avant plus tard lors de la chute du mur de Berlin.

Cette exposition éclaire les bases de cette politique d’État, et ses rouages, en la réinscrivant dans le contexte de l’Europe nazie. Sa scénarisation permet plus facilement, par ses contextes contemporains, de se souvenir du passé et d’en tirer leçons.

Affiche bilingue destinée à être placardée sur les devantures des commerces appartenant à des Juifs. France, ca. 1940‐1944. Crédit : Mémorial de la Shoah

Rassemblant de nombreux documents originaux, provenant notamment des fonds des Archives nationales et départementales (de l’Isère), elle développe plus particulièrement 8 exemples de biens touchés dans le département de l’Isère et dans la ville de Grenoble.

Cette exposition, réalisée par le Mémorial de la Shoah, a pour commissaire Tal Bruttmann, historien, chargé de mission à la Ville de Grenoble.

Du 31 janvier à septembre 2013, un cycle de projections et rencontres en présence d’historiens, conférenciers, et spécialistes du sujet.

Attention. Le pillage des œuvres d’art ne relevait pas du même processus. D’une part dans l’ensemble de la masse financière qu’a représenté la spoliation, il en serait la portion congrue, d’autre part l’"aryanisation des biens juifs" était alors légale.

La Spoliation des Juifs, une politique d’État en France (1940-1944), au Mémorial de la Shoah, du 30 janvier au 10 septembre 2013, 17, rue Geoffroy–l’Asnier 75004 Paris 01 42 77 44 72 Tous les jours sauf le samedi, de 10 à 18h, et le jeudi jusqu’à 22h. Métro Saint-Paul ou Hôtel-de-Ville (1), Pont-Marie (7), bus 96, 69, 76, 67, Balabus.

Vous retrouverez dans les articles 2012 à Paris : les grandes expositions de A à Z et 2013 à Paris : LES GRANDES EXPOSITIONS de A à Z les différentes expositions 2012 et celles de 2013 déjà annoncées par leurs établissements et musées.

Frederic Leighton (1830–1896) Crenaia, the nymph of the dargle, ca. 1880 Huile sur toile 76.2x26.7 cm Colección Pérez Simón, Mexico © Arturo Piera, Musée Jacquemart-André 09/13-01/14

Dans les articles Calendrier 2012 des grandes expositions à Paris, et CALENDRIER 2013 des grandes expositions à Paris, ces mêmes expositions sont classées par dates.

Nous nous efforçons de tenir ces articles à jour, et nous vous remercions des suggestions, précisions, ajouts et corrections que vous pourriez apporter à ces programmes.

Nous vous indiquons chaque semaine les nouveautés, les expositions qui fermeront bientôt leurs portes, et... nos préférences, car on ne se refait pas : LA SEMAINE des expositions, musées, et galeries : que faire à Paris du....

Enfin, contre l’actualité artistique qui chasse ce que l’on se croyait capable de retenir, les catalogues d’expositions peuvent avoir, quand ils sont faits avec exigence, un rôle certain à jouer.

Nous avions établi notre sélection, pour Paris, des meilleurs catalogues des expositions 2012, en vous indiquant en plus les nominés, et les primés au Prix CatalPa 2012 pour les catalogues d’expositions de Paris.

Nous procédons de la même manière en 2013, avec LES MEILLEURS CATALOGUES des expositions 2013.

***Celui de cette exposition en a fait partie, avant de devenir Nominé, puis de se voir attribuer le Prix CatalPa 2013 pour les catalogues d’expositions de Paris.***

André Balbo

sources : visite, Mémorial de la Shoah

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