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DERNIERS JOURS. Takis expose plus que ses champs magnétiques au Palais de Tokyo

Du 18 février au 17 mai 2015, une presque rétrospective de l’œuvre de l’artiste grec Vassilakis Takis.

Vassilakis Takis, sculpteur grec né en 1925, a été très tôt fasciné par la modernité magique de l’univers des gares (dont celle de Calais), quand les signaux lumineux colorés, tels des "yeux de monstres", s’allumaient et s’éteignaient, et plus tard quand les rails crépitaient d’étincelles. L’usage du métal et l’autre magie que représentaient les champs magnétiques ne pouvaient que le combler.

Après une jeunesse faite de grande précarité, de débrouillardise et d’engagement politique du côté de la Résistance intérieure durant l’Occupation de la Grèce par les troupes germano-italiennes durant la Seconde Guerre mondiale, Takis décide d’être un artiste, dévore les auteurs exigeants et se passionne pour les œuvres de Giacometti (dont on devinera plus tard l’influence, notamment dans son bosquet de signaux) et de Picasso.

À son arrivée à Paris au milieu des années 1950, il se liera avec le Suisse Tinguely, le Niçois Yves Klein, Giacometti, Calder, Erro, et Jean-Jacques Lebel.

Grand séducteur à la vie trépidante et aux fameuses conquêtes, il se fera aussi connaître du monde artistique de la contre culture autour des années 1960 par ses œuvres qui ne cessent de chercher à marier l’art et la science physique, en ce qu’elle a de plus secrètement spectaculaire.

Et cela au point qu’à New York, dès 1960, le galeriste Alexandre Iolas lui consacre sa première exposition personnelle.

Ce sera aux États-Unis également que Takis fera en 1962 connaissance avec Marcel Duchamp qui, lui aussi, exercera une grande influence sur sa création, et écrira à son propos : "Takis, gai laboureur des champs magnétiques et indicateur des chemins de fer doux".

Passionné par l’exploration des champs magnétiques, la science, la technologie, et le son, il sera même un temps chercheur invité au prestigieux Massachusetts Institut of Technology (MIT).

Dans le cadre de ses préoccupations de recherches sonores, il collaborera avec certains des artistes Fluxus, dont l’artiste vidéaste Nam June Paik, qui deviendra son ami, et peut-être Yoko Ono.

Le Palais de Tokyo a le mérite de consacrer à cet artiste que beaucoup ont un peu oublié, ou n’ont pas connu, sous le commissariat d’Alfred Pacquement, une exposition suffisamment étendue pour juger de la qualité, de la richesse et de la diversité de ses interventions.

À l’entrée de son espace, un premier bosquet de plusieurs signaux clignotants de grande stature, longues antennes verticales dont les tiges sont renforcées de puissants pas de vis, proches de ceux que l’on peut voir au Bassin Takis de la Défense.

Puis, un long mur magnétique doté de pièces noires animées de lents mouvements qui paraissent spontanés dans une courbe d’un blanc qui semble retenir son souffle.

Long mur magnétique, 1985. Tôle, peinture, fil de fer, ventilateurs. Centre Pompidou, Mnam. Centre de création industrielle (Paris)

"Quand je voulus exprimer l’espace-communication entre un objet et un aimant, je dus attacher l’objet. Ce faisant, pour retenir cet objet à une certaine distance de l’aimant, je me rendis compte que je l’avais fait flotter. Une force nouvelle et tout à fait réelle travaillait entre les deux objets que j’avais rapprochés."

Des voies, presque de chemin de fer, vous prouveront aussi qu’il est simplissime de parvenir à vous faire perdre le nord, même si vous vous munissez d’une boussole, mise à votre disposition.

Plus loin, des structures musicales, audibles d’un minuscule théâtre grec, livrent de façon aléatoire mais pourtant harmonieuse, des notes obtenues par les chocs de tiges métalliques magnétisées qui viennent heurter en toute élégance des cordes de piano tendues.

Une spacieuse sphère métallique est agitée d’une danse magnétique incontrôlable, puis des panneaux invitent à des remaniements de tiges tenant comme par magie.

2 jours avant que ne soit faite la photographie de la chute de l’immeuble d’Yves Klein, et 6 mois avant l’aventure spatiale de Gagarine, Takis lance dans l’espace, en précurseur donc, son homme à lui, dont la chute sera fort heureusement amortie... dans un filet.

La première partie de l’exposition, qui a la finesse de n’être ni une rétrospective ni un déroulé chronologique, est plutôt ludique et festif. Les éléments sont souvent de récupération, pièces de tableaux de bord d’avion, et autres trésors technologiques sauvés du rebut.

La suite sera participative, et le visiteur est invité à projeter un lourd marteau au cœur d’un gong, de la limaille de fer ou des clous sur un panneau métallique aimanté, bien entendu. Dans une semi-obscurité, une vapeur de mercure recrée la délicate brume bleutée, une télélumière, évocatrice d’un bleu spatial, d’un vide donc.

Ensuite l’évocation du siècle de Kafka fait la place à la science en folie et violente, à la souffrance et à un univers où le corps se déchire et se décompose, hors du jeu, de l’observation des douces magies harmonieuses. Mais ça fait pas mal, n’ayez pas peur...

Un monde a été visité, et un poète s’y est peut-être certaines fois momentanément perdu. Un jour dans une performance de 1986, intitulée Ligne érotique parallèle, à Giacometti qui s’interrogeait devant une danseuse nue en contorsion au sol frôlant le ruban métallique en vibration incessante et lui disait que, pour sa part, il ne s’intéressait qu’à l’homme, Takis répondit "moi aussi... à l’essence de l’homme".

Takis. Champs magnétiques, du 18 février au 17 mai 2015, au Palais de Tokyo, 13, avenue du Président Wilson, 75 116 Paris. 01 81 97 35 88. Métro Iéna et Alma Marceau, bus 32, 42, 63, 72, 80, 82, 92. RER C Pont de l’Alma. De midi à minuit tous les jours, sauf le mardi, fermé les 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre, 10 ou 8€.

Voir aussi au Palais de Tokyo aux mêmes dates l’exposition Le bord des mondes.

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Vous retrouverez dans l’article 2015 à Paris : LES GRANDES EXPOSITIONS de A à Z les différentes expositions annoncées par leurs établissements et musées.

Frederic Leighton (1830–1896) Crenaia, the nymph of the dargle, ca. 1880 Huile sur toile 76.2x26.7 cm Colección Pérez Simón, Mexico © Arturo Piera, Musée Jacquemart-André 09/13-01/14

Dans CALENDRIER 2015 des grandes expositions à Paris, ces mêmes expositions sont classées par dates.

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Les Grandes Expositions 2016 à Paris de A à Z
Calendrier 2016 des grandes expositions à Paris
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André Balbo

sources : Visite, Alfred Pacquement, Palais de Tokyo

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