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Forte exposition sur le Coréen Lee Ungno, l’homme des foules

mardi 13 juin 2017, par André Balbo

Du 9 juin au 19 novembre 2017 au musée Cernuschi.

Cette nouvelle exposition du musée Cernuschi surprend très agréablement par sa densité.

Lee Ungno (1904-1989) est l’un des peintres asiatiques les plus importants du XXe siècle, et en passe de s’élever encore dans cette hiérarchie, tant son œuvre est chaque jour réévalué, et à juste titre.

Peintre stratégique à production multiple et continue, il se positionne, comme le nouveau président des Français tout à la fois en Extrême-Orient et en Europe, en même temps dans la tradition et l’avant-garde, et dans la figuration et dans l’abstraction, excellent observateur du trivial que nous offre le quotidien, source intarissable d’un humour facilement partageur.

Sujet de la dynastie finissante des Yi (1392-1910), devenu étudiant au Japon pendant la période coloniale (1937-1945), artiste d’avant-garde après la guerre de Corée, prisonnier politique jugé pour gauchisme et espionnage au bénéfice de la Corée du Nord durant deux ans et demi sous la présidence de Park Chung-hee (1917-1979), il fut peintre militant pour la paix et la démocratie dans ses dernières années, incarnant de larges pans de l’histoire de la Corée du Sud et de sa modernisation.

Oiseaux, 1978, encre sur papier

Son apport au renouvellement de la peinture à l’encre, après la partition de la Péninsule en 1953, et son travail sur les Foules, perçu comme l’un des symboles de la transition démocratique, l’associent naturellement à deux moments clés du passé récent de son pays natal et justifient aujourd’hui son statut de représentant majeur du patrimoine artistique coréen.

Lors de son séjour en Allemagne, à l’occasion de la Dokumenta de Kassel, il découvre à la fois le travail à partir de nouveaux matériaux, tel le papier froissé, mais aussi l’abstraction.

En France, où il s’installe en décembre 1959, il devient l’un des membres d’une École de Paris vieillissante jetant ses derniers feux, un artiste reconnu bénéficiant de multiples commandes publiques, et un professeur ayant distribué son expérience à une foultitude d’étudiants de toutes origines et audiences, passant pour l’une des figures les plus incontournables des échanges culturels entre l’Occident et l’Extrême-Orient au XXe siècle.

Le musée Cernuschi a longtemps été l’un des compagnons de route de Lee Ungno. Vadime Elisseeff (1918-2002), alors directeur de l’établissement, parraine en 1964 la fondation par l’artiste de l’Académie de peinture orientale de Paris, puis ouvre les portes du musée à Lee Ungno afin que ce dernier puisse y organiser ses cours et effectuer des démonstrations à destination du public. Les deux rencontreront de formidables succès, dont pécuniaires, profitant du fort intérêt que suscitent alors les arts orientaux et notamment la calligraphie. L’Académie devient aussi un lieu de dialogue et un "pont".

Dans ses techniques d’enseignement, Lee Ungno s’attache à décrypter la composition d’une œuvre, le meilleur usage de chacun des outils, et plus que tout l’observation pénétrante du monde et de la nature.

Tel Charon traversant sur sa barque le Styx, il utilisera avec précaution et adresse la calligraphie pour aborder à l’abstraction, aidé en cela par le succès que rencontrent alors des peintres comme Georges Mathieu, qui sut lui abuser des deux.

Au fil des manifestations, des expositions organisées en 1971 et en 1989, le musée Cernuschi constitue, grâce à la générosité du maître et de sa famille, le fonds d’œuvres consacré à ce peintre le plus important en dehors de la Corée.

Cette collection, agrémentée de 5 prêts, permet aujourd’hui de présenter un panorama presque complet du travail à la fois varié et profondément cohérent de Lee Ungno, des années 1950 jusqu’à sa mort en 1989.

Composition, 1974, encre et couleurs sur papier, 125,8 x 79,2 cm © Stéphane Piera / Musée Cernuschi / Roger-Viollet - Adagp, Paris 2017.

Son abandon, dans les années 1950, d’un art traditionnel pour des formes modernes et abstraites joue ainsi un rôle pionnier dans la fondation d’un art coréen contemporain.

Son intégration ultérieure dans l’avant-garde parisienne aux côtés de Hartung, de Soulages, de Zao Wou-ki, ou de Foujita, s’accompagne d’un enseignement de la peinture à l’encre qui inspirera toute une génération d’artistes.

L’exploration des relations entre calligraphie et abstraction dans les années 1970 donne naissance à un thème emblématique de son œuvre : les Foules qui constituent le symbole de la démocratie naissante en Corée du Sud, quand la lisibilité des idéogrammes se fond et se déforment progressivement en des silhouettes naissantes et de plus en plus démultipliées.

Foule, 1988, encre sur papier

Le travail des années 1980 sur les foules amène l’artiste à réaliser des peintures de grands formats pour rendre l’ampleur des masses humaines symbolisées dans ses créations et suggérer l’immersion du peintre comme du spectateur dans ces rassemblements populaires...

Lee Ungno, très tôt, s’était plut à s’identifier à l’une des 4 plantes qui symbolisent encore aujourd’hui les vertus du lettré : le bambou. Le lettré, comme lui, se doit de développer son humilité, sa souplesse, qui lui apporte sa résistance aux vents forts et mauvais. Le surnom qu’il s’était lui-même choisi était "le peintre des bambous". Au début de sa détention, dans les prisons coréennes, quand il ne pouvait créer qu’avec les matériaux accessibles et sculptait des boulettes de riz, il persistait à faire, inlassablement, des bambous... en sauce soja.

En 2013, sa femme Park In-kyung, qui avait prolongé l’enseignement de son mari avant de passer le témoin à leur fils, Lee Young-Sé, décidait de donner au musée un ensemble remarquable de 62 œuvres de Lee Ungno illustrant cette fois le versant le plus personnel de sa création, entre peinture et calligraphie, figuration et abstraction.

Cette donation majeure fut suivie de plusieurs années de recherches et de restauration. C’est à la faveur de ces travaux qu’est apparue l’idée d’une exposition rétrospective, qui n’aurait pas été possible sans un ultime ensemble de dons, lesquels ont permis de constituer une collection unique hors de la Corée, où le musée Lee Ungno de Daejeon, chaleureux partenaire du musée Cernuschi, poursuit son exemplaire action de diffusion de l’œuvre du maître.

Singes, 1977, encre et couleurs sur papier, 130 x 66,6 cm. © Musée Cernuschi / Roger-Viollet - Adagp, Paris 2017.

Le musée Cernuschi, qui a accueilli depuis 1971 l’académie de peinture orientale fondée par Lee Ungno, possède dans ses collections 130 œuvres réalisées entre 1953 et 1989.

Une sélection de 82 d’entre elles, enrichie de cinq prêts, constitue l’introduction idéale à une œuvre foisonnante et à l’énergie communicative.

Commissariat Mael Bellec, conservateur au musée Cernuschi.

Lee Ungno, l’homme des foules, du 9 juin au 19 novembre 2017 au musée Cernuschi, Musée des Arts de l’Asie de la Ville de Paris, 7, avenue Vélasquez 75008 Paris, 01 53 96 21 50, www.cernuschi.paris.fr. Ouvert tous les jours de 10 à 18h, sauf lundis et certains jours fériés. (Fermeture des caisses à 17h30). 8 ou 6€.


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Vous retrouvez comme chaque année dans PARIS 2017. LES GRANDES EXPOSITIONS de A à Z les différentes expositions annoncées par leurs établissements et musées.

Frederic Leighton (1830–1896) Crenaia, the nymph of the dargle, ca. 1880 Huile sur toile 76.2x26.7 cm Colección Pérez Simón, Mexico © Arturo Piera, Musée Jacquemart-André 09/13-01/14

Dans Le CALENDRIER 2017 des grandes expositions à Paris ces mêmes expositions sont classées par dates.

Dans la série Toutes les expositions 2017-2018 dans les plus grands musées de Paris... lire également :
Au musée du Louvre, au Centre Pompidou, au Grand Palais, au musées d’Orsay et de l’Orangerie, au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, au Jeu de Paume, au Palais de Tokyo, à la Bibliothèque nationale de France, au musée du Quai Branly, au musée des Arts décoratifs, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, au musée Guimet, au musée Galliera, au Petit Palais, et au Château de Versailles.

Nous nous efforçons de tenir ces articles à jour, et nous vous remercions des suggestions, précisions, ajouts et corrections que vous pourriez être amenés à apporter à ces programmes.

Nous vous indiquons chaque semaine les nouveautés, les expositions qui fermeront bientôt leurs portes, et... nos préférences, car on ne se refait pas : PARIS EXPOS HEBDO. Nouveautés / Conseils / Derniers Jours.

Vous pouvez consulter plus d’une centaine de présentations d’artistes, classées de A à Z.

Contre l’actualité artistique qui chasse ce que l’on se croyait capable de retenir, les catalogues d’expositions peuvent avoir, quand ils sont faits avec exigence, un rôle certain à jouer. Nous établissons, au fur et à mesure de leur publication, notre sélection des catalogues d’expositions 2017 de Paris, comme nous l’avons fait les années précédentes : 2016, 2015, 2014, 2013, 2012.

Ce catalogue figure dans notre sélection de l’année des catalogues d’expositions de Paris.

Nous vous proposons aussi une sélection de musées et d’expositions 2017 dans les villes françaises suivantes, que nous nous efforçons de tenir assez régulièrement à jour :
- Aix-en-Provence - Albi - Les Alpilles - Angers - Angoulême - Antibes - Arles - Aubagne - Avignon - Bègles - Biarritz - Biot - Blois - Bordeaux - Bourg-en-Bresse - Brest - Cagnes-sur-Mer - Cannes - Carcassonne - Dijon - Grasse- Grenoble - Hyères - Ile-de-France : Auvers/Oise, Boulogne-Billancourt, Bussy-Saint-Martin, Chamarande, Chantilly, Châtenay-Malabry, Compiègne, Écouen, Fontainebleau, Giverny, L’Isle-Adam, Jouy-en-Josas, Malmaison, Marne-la-Vallée, Meudon, Milly-la-Forêt, Noisiel, Pantin, Pierrefitte/Seine, Poissy, Pontoise, Royaumont, Rueil-Malmaison, Saint-Cloud, Saint-Denis, Saint-Germain-en-Laye, Saint-Ouen-l’Aumône, Sceaux, Sèvres, Versailles, Vitry/Seine, Yerres - L’Isle-sur-la-Sorgue - Landerneau - Le Cannet - Le Havre - Lens - Le Rayol - Le Canadel/Mer - Les Sables-d’Olonne - Les-Saintes-Maries-de-la-Mer - Libourne - Lille : Villeneuve d’Ascq, Roubaix, Tourcoing, Croix, Graveline, Cassel, Valenciennes - L’Isle-sur-la-Sorgue - Lodève - Lyon - Marseille - Martigues - Metz - Monaco - Montauban - Montpellier - Mougins - Nantes - Narbonne - Nice - Nîmes - Nogent/Seine -Ornans - Rennes - Rodez - Rouen - Saint-Étienne - Saint-Nazaire - Saint-Paul-de-Vence - Saint-Tropez - Sérignan - Sète - Strasbourg - Toulon - Toulouse - Tours - Valence - Vallauris - Vence - Vendôme - Villeurbanne

Et juste des musées et expositions temporaires pour quelques villes étrangères : Amsterdam : Harlem, Rotterdam, La-Haye, Bois-le-Duc, - Bâle - Berlin - Bruxelles - Genève - Liège - Londres - Madrid - Milan - Monaco - Venise

À voir également :
- La carte des grandes expositions, musées et collections permanentes en France
- La carte des grandes expositions, musées et collections permanentes en Europe

André Balbo

musée Cernuschi

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