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2012 : Mediapart et Slate iront de mieux en mieux !

Chacun s’était joyeusement gaussé de ces monuments encore vivants du journalisme français. Alors qu’on les croyait déjà fripés, ils se lançaient, presque parallèlement, avec un an de décalage, dans l’aventure des « pure players », ces sites d’informations n’existant que sur le Net, et abandonnant bien imprudemment, peut-être un peu tôt pensa-t-on, Sa Majesté Le Papier.

Mediapart est parti bon premier le 16 mars 2008, dans cette conquête de la nouvelle frontière (au sens américain) du journalisme. Il a immédiatement mis cap sur l’investigation, et les enquêtes, certaines à risques. Et depuis ses débuts le site défend bec et ongles son indépendance. Comme le dit Edwy Plenel, co-fondateur et directeur de la publication : « Nous avons voulu un journal de journalistes sans aucun fil à la patte, partisan ou financier ». Mediapart est payant et sans publicité. Il compte donc ses divisions en abonnés : près de 49 000 payants et un CA de 3M€ fin 2010. Laurent Mauduit, cofondateur avec Plenel, reconnaît : « une accélération formidable grâce à l’affaire Bettencourt », et dit bien sûr aussi que leur « équipe est... pugnace ».

Au total, 5,7M€ ont été levés, et aujourd’hui, avec 36 salariés en CDI, dont 25 journalistes, Mediapart ne perd plus d’argent. Depuis septembre 2010. Selon Edwy Plenel, le site Mediapart ferait même du profit en 2011. Il est vrai que les sujets d’investigation qui leur sont si profitables, dans les temps agités qui nous viennent, ne leur manqueront certainement pas…

Pour accélérer encore davantage le processus, Mediapart va lancer FrenchLeaks. Sur cette base figureront, mis à la disposition du public, les documents ayant servi aux enquêtes (Karachi, Bettencourt, et beaucoup d’autres), et ceux provenant des lanceurs d’alertes citoyens, adressés à la rédaction, après enquête et validation, bien entendu.

Parti moins d’un an après Mediapart, le 9 février 2009, le site Slate.fr est le petit frère français de l’américain Slate.com créé en 1996. Jean-Marie Colombani, ex-président du directoire et directeur du groupe Le Monde le fonde avec deux anciens journalistes du quotidien, Éric Leser et Éric Le Boucher. La vocation de ce site d’informations a consisté à proposer des articles de fond et d’expertises. Slate.fr reste gratuit et est encore à ce jour financé par la publicité. Selon Centric, il aurait par mois quelque 2 millions de lecteurs, quand Nielsen ne lui en accorde que la moitié, 70 000 followers sur Twitter, et plus de 15 000 fans sur sa page Facebook. Jean-Marie Colombani pense que Slate commencera à gagner de l’argent dès 2012.

Slate.fr vient de lancer un site inspiré de l’encyclopédie collaborative Wikipedia, Wikipol, imaginé dans la perspective de 2012. Ce sera « une bible actualisée et développée en permanence, une référence » consacrée aux personnalités, déjà connues ou pas encore, mais qui feront activement l’élection présidentielle. 150 profils brossés à ce jour, en collaboration avec l’école de journalisme de Sciences-Po Paris (politique.slate.fr/personalites), l’objectif étant de parvenir à en coucher 1 000 sur le net. Et le site lance encore un Slate Afrique et un Slate Italie (fin 2011).

Bon vent, bonne chance, ça va swinguer !

André Balbo

sources : Libération, Slate.fr, Mediapart, Wikipedia

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