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Exposition Jeff Koons

vendredi 20 octobre 2017, par André Balbo, Jean

Du 26 novembre 2014 au 27 avril 2015, le Centre Pompidou recevait Jeff Koons, l’une des stars mondiales du marché de l’art à la cote stratosphérique. Une rétrospective la plus exhaustive possible qui soit, pour mieux comprendre cet artiste à l’œuvre finalement extrêmement complexe et difficilement saisissable, à la fois géniale, nian-nian, parfois scandaleuse, à la qualité technique irréprochable, et qui a bien des profondeurs.
650 045 visiteurs, avec une moyenne journalière de près de 5 000 visiteurs, ont vu cette exposition, qui devenait l’exposition de l’œuvre d’un artiste vivant la plus fréquentée de toute l’histoire du Centre Pompidou.

PRÉSENTATION DE L’ARTISTE

Jeff Koons a été trader en matières premières, représentant de commerce dans des secteurs différents... et a étudié très tôt l’art, copiant les reproductions d’œuvres exposées dans le magasin de son père, mais suivant aussi à Baltimore des cours, qui traitaient de design, comme à l’Art Institut of Chicago.
Se pencher sur le passé des artistes peut parfois donner des clés pour mieux comprendre leur art, mais ce n’est pas toujours le cas. Que le père de Soulages ait été carrossier, ouvre peut-être une porte...

Le garçon est plus que finaud et sait parfaitement analyser une publicité, discerner à qui elle s’adresse (High or Low ?), et ce qui sous tend son discours (ou son message).

Voilà l’œuvre "Fait d’hiver" retirée de l’exposition à la demande du collectionneur-préteur parce qu’un publicitaire attaquait l’artiste pour contrefaçon...

Des amis artistes à Chicago, Jim Nutt et Ed Paschke, l’ont aidé "à dépasser (s)on attachement à dada et au surréalisme afin qu’il soit en mesure de développer une iconographie personnelle, de comprendre les sentiments et la manière dont on peut faire ressentir certaines sensations au public, et pour (s)e rendre compte qu(’il) voulai(t) (s)’aventurer plus loin".
Le mouvement Fluxus l’influença certainement aussi. Comme le Pop Art. Et le kitsch, bien sûr ! Tous ces petits objets ridicules et colorés, causes de tant de petits plaisirs rendus accessibles aux gens que l’on dit "modestes" !
Toutefois en bilan, pour ce presque sexagénaire, malgré la fulgurance de sa trajectoire dans l’univers du marché de l’art, parmi ses différents points d’appui et ses références artistiques, peut-être le plus personnel et celui à qui il voue l’attachement le plus constant et profond reste le Maître Salvador Dali, longuement rencontré dans sa jeunesse aux États-Unis.

Canot de sauvetage, 1985. Bronze. Édition 3/3. Museum of Contemporary Art Chicago, Gerard S ; Elliott Collection. 1995.56.a-c

Il en partage l’exigence totale de la plus haute qualité du travail livré, atteignant un niveau de perfection inégalable, le respect de l’œuvre et de lui-même, avant même celui de son client, l’importance du monde de l’enfance, et peut-être, citons-la, une dimension d’homme d’affaires qui, pour ne pas être rare chez les artistes, en est là poussée au niveau du chef-d’œuvre.
Les autres référents du panthéon koonsien sont moins fortement illuminés : les Duchamp, Picabia et Warhool.

Brillant analyste, Jeff Koons a tenu à se mettre en ordre de marche, dit-on, pour satisfaire un marché de l’art affamé et compulsif, ce qui "condamnait" l’artiste a dirigé de lourdes machines de productions, des équipes de presque 130 personnes, de véritables usines.

Jeff Koons, comme Damien Hirst, Wim Delvoye, et bien d’autres dans l’histoire de l’art (relisez vos classiques !), est devenu chef d’entreprise pour faire tourner la machine, comme il s’est montré habile à faire grimper sa cote. Cela n’évite ni le talent ni son absence, le débat reste ouvert.
Les technologies auxquelles il fait appel sont de plus en plus sophistiquées, et il est bien sûr commercialement de la 1ère écurie d’artistes du monde en terme de poids financier : celle de Larry Gagosian, l’homme aux 11 galeries et aux lancements planétaires. Nombre de ses œuvres y sont parquées, quand ce n’est dans l’opulente collection de François Pinault. L’artiste compte aussi parmi ses autres clients Bernard Madoff, et Bernard Arnault...
On a connu la campagne de Jeff Koons avec la Cicciolina, qu’il avait épousée, ses grands chiens à formes de ballons, que les enfants mémorisent parfaitement, et qu’ils voudraient bien posséder en plus petits, ses lapins gonflables, et quand il fit l’événement frôlant le scandale dans sa défloration du Château de Versailles par l’art contemporain en 2008.

Jeff Koons Poodle / Caniche, 1991 Bois polychrome Lisbonne, Museu Colecção Berardo Caniche

Mais qu’en dit Jeff Koons ? "Mon travail est contre la critique. Il combat la nécessité d’une fonction critique de l’art et cherche à abolir le jugement, afin que l’on puisse regarder le monde et l’accepter dans sa totalité. Il s’agit de l’accepter pour ce qu’il est. Si l’on fait cela, on efface toute forme de ségrégation et de création de hiérarchies."
Pour Bernard Blistène, le directeur du musée national d’art moderne, qui fut également le commissaire de la rétrospective au Centre Pompidou : "(Il) est devenu l’un des artistes les plus célèbres et les plus controversés de la scène de l’art contemporain. L’un de ceux sur lequel les phrases les plus âpres vont bon train, au point qu’on se demande si c’est encore l’œuvre qu’il s’agit de juger ou la mythologie d’un homme devenu un personnage".
Cet artiste éprouve une profonde haine pour le bricolage, préférant détruire une œuvre qu’il jugerait imparfaite. Un soin obsessionnel du détail.

Violet - Glace (Kama Sutra), 1991. Verre. Édition 1/3. Gagosian Gallery.

Il s’acharnera à détruire les frontières qui tentent d’éloigner le culturel socialement haut de celui qui est jugé bas, refusant que l’art abstrait ne s’adresse qu’aux dominants et le figuratif aux autres. De même pour le choix des matériaux, rendant par ses choix à la matité une préciosité, dont il prive la brillance en la travaillant avec du simple acier nickelé ou enrobé de chromage dur.
Il flotte aussi et indéniablement sur son œuvre un peu de la poudre magique de la Fée Clochette et beaucoup du syndrome de Peter Pan.
Certaines étapes de son travail pourraient avoir une forte lecture autobiographique : apothéose amoureuse et érotique, puis drame de la séparation d’avec son enfant à qui il adresse de loin par ses sculptures de monumentales marques d’amour.

Enfin nous pourrions dire en conclusion que cet artiste qui s’adonne avec passion au lisse, ne ment ni ne truque, et que seul le bonheur du public et de ses clients sera sa récompense. Et au feu les intermédiaires et les critiques.

N’oublions pas de dire que Jeff Koons est l’artiste vivant dont le prix des œuvres bat tous les records mondiaux : un de ses 5 Balloon Dog est parti chez Christie’s le 12 novembre 2013 à près de 50M€... emporté au téléphone par un acheteur anonyme (tiens, tiens, tiens !). Vous avez bien lu ! Un merchandising affuté lui fit ensuite en écouler quelque 2 300 ballons de taille réduite.
Et quant à l’œuvre lui-même de Jeff Koons, de cet artiste si fin psycho-sociologue, quels miroirs nous tend-t-il ? Ne s’agirait-il que d’un retraitement de la culture américaine populaire ou serions-nous impliqués nous aussi dans cette affaire ?

Voir Présentations d’Artistes de A à Z


RÉTROSPECTIVE 2014-2015 AU CENTRE POMPIDOU

L’intérêt de l’événement au Centre Pompidou était d’offrir une plus que généreuse exposition linéairement chronologique de 1979 à aujourd’hui. Aucune "période" n’avait été oubliée, si ce n’est celle du jeune copiste du magasin de papa. La chaude série Made in Heaven elle-même y figurait, dans une pièce un peu en retrait, que les parents accompagnés pouvaient aisément éviter.
Cette succession dans l’exposition d’œuvres si disparates, où tout paraissait si coloré et lumineux, tenait parfois de la fête foraine. Elle en avait la force de l’éclairage, les personnages de peluches et les ballons bien sûr, comme l’euphorisant facile des couleurs éclatantes. D’exposer ainsi le continuum de cet artiste... était une gageure réussie. La campagne de presse qu’il sut susciter, pour que le public ne puisse ignorer un événement si rare, fut à la hauteur de l’attente d’un tel événement.

Le Christ et l’Agneau, 1988. Bois doré et miroir. Édition 2/3. Groninger Museum, Groningue.

Cette exposition donnait tout loisir d’évaluer, et peut-être même de saisir les grandes directions et les failles qui étirent le cheminement de sa création apparemment seulement si lisse et simple.
Lors de la présentation à la presse, Bernard Blistène, commissaire de la rétrospective et directeur du musée mentionna que la seule remarque que fit Jeff Koons en visitant l’installation fut "More Shining !", plus de lumière, plus de brillance.

Jeff Koons, du 26 novembre 2014 au 27 avril 2015, au Centre Pompidou, Galerie 1, 75191 Paris cedex 04, 01 44 78 12 33.

sources : Visite, Centre Pompidou, Bernard Blistène, Le Monde

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