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L’hôtel de Lauzun, un joyau de l’île Saint-Louis

Dernière mise à jour : jeudi 7 mai 2015, par Christian Frank, Nicole

Avec l’hôtel Lambert, l’hôtel Lauzun est la demeure la plus fastueuse de l’île Saint-Louis. Sa façade relativement dépouillée donnant sur le quai d’Anjou ne laisse d’ailleurs pas deviner la richesse des éléments décoratifs qu’il contient.

La tradition attribue souvent l’hôtel Lauzun à Louis Le Vau, il est vrai très actif sur l’ile Saint-Louis : il est l’auteur de hôtel Lambert, de hôtel Hesselin (détruit) ou de l’hôtel Le Vau pour son propre compte. Néanmoins, l’hôtel Lauzun est l’œuvre de Charles Chamois en 1656.

L’hôtel se signale sur la rue par la présence d’un imposant balcon en fer forgé reposant sur des consoles enroulées. Les gouttières en forme de têtes de poisson sont remarquables. Mais ce sont surtout les décors intérieurs qui sont éclatants de richesse et de luxe. L’hôtel est construit autour d’une cour parfaitement rectangulaire (nouveauté du XVIIe siècle), très dépouillée : arcades surbaissées au rez-de-chaussée, deux étages dont le deuxième est l’étage noble avec de hautes fenêtres.

Au rez-de-chaussée, une vaste salle conserve son plafond peint à la Française, usage qui tend à disparaître à cette époque. L’escalier d ’honneur (illustration), qui avait été remplacé, a été reconstruit en 1948 dans la cage d’escalier qui a conservé tout son décor : il est couronné d’une vaste composition représentant « le Temps qui découvre la Vérité ». Les portes situées en haut de l’escalier, surmontées de jeux d’enfants symbolisant la Musique, la Poésie, les Sciences et les Arts, encadrent chacune une niche abritant une statue de Minerve et une statue d’Apollon.

Le premier étage est traité de manière « moderne » : quatre salons se succèdent en enfilade. Ils sont décorés de somptueuses boiseries dotées de panneaux à compartiments qui constituent un éblouissant témoin du premier style Louis XIV. A ce titre, la chambre de parade est admirable : au plafond orné d’un « Triomphe de Vénus » répondent des figures en camaïeu et des médaillons aux voussures. La petite chambre, dans laquelle le portrait de la marquise de Richelieu, propriétaire de 1685 à 1705, est incrusté au-dessus de la glace de la cheminée, est également remarquable par son décor : motifs de vases, figures d’enfants, panneaux d’arabesques sur fond d’or. Enfin, le magnifique boudoir est un exemple précieux de « cabinet de miroirs » dont le succès sera grandissant au XVIIe siècle, avec la Galerie des Glaces de Versailles comme apothéose.

On attribue le plus souvent ces décors aux artistes Charles le Brun, Sébastien Bourdon, Jean-Baptiste Monnoyer, Pierre Patel, Michel Anguier et Michel Dorigny. Le plafond du salon de Musique, représentant le triomphe de Vénus, est attribué avec certitude à Charles le Brun.

L’hôtel Lauzun devrait en fait s’appeler hôtel Gruyn des Bordes, du nom de son commanditaire, mais celui-ci était le fils d’un simple cabaretier de l’île de la Cité qui s’était enrichi de manière fulgurante par le poste de « commissaire de la cavalerie légère », qui consistait à la fourniture de foin aux chevaux des armées du roi. Le nom d’hôtel Lauzun fut plus communément utilisé, en référence au comte de Lauzun qui l’occupa de 1682 à 1685 (ne vous fiez pas à la date de 1657 inscrite sur la façade !).

En effet, Antonin Nompar de Caumont (1633-1723), capitaine des gardes du corps du Roi, fut un personnage haut en couleurs : favori du roi Louis XIV, il perd pourtant sa confiance en séduisant la Grande Demoiselle, Melle de Montpensier, cousine du roi et la plus riche héritière du royaume. Pour Lauzun, cette femme est une conquête parmi tant d’autres, mais quand il demande à l’épouser, le roi accepte puis se rétracte (peut-être à la demande de la marquise de Montespan). Le 25 novembre 1671, Lauzun est arrêté puis emprisonné dans la forteresse de Pignerol, où il retrouve un co-détenu célèbre, Nicolas Fouquet. Il y reste jusqu’en 1681 tout de même, puis est libéré grâce à l’intervention de Melle de Montpensier qu’il n’épousera finalement pas. En 1692, il est fait duc de Lauzun. En 1695, à l’âge de 62 ans, il se marie avec Geneviève-Marie de Durfort, fille du duc de Lorges, âgée de 15 ans seulement. Il s’éteint à 90 ans, sans descendance, en 1723.

L’hôtel passa dès 1685 au marquis de Richelieu, qui le revendit en 1709 à Pierre Ogier, receveur général du clergé. En 1764, le marquis de la Vallée de Pimodan en fit l’acquisition et le conserva jusqu’en 1804. Au XIXe siècle, l’hôtel connut une vie intellectuelle assez intéressante. En 1842, il est acquis par un collectionneur et bibliophile célèbre, le baron Jérome Pichon. Il est alors loué à des occupants remarquables : l’homme de lettres Roger de Beauvoir y occupe l’étage noble et y réunit ses amis – Delacroix, Musset, Gautier, Dumas, Balzac, Maxime du Camp. Charles Beaudelaire y habite également de 1843 à 1845. Dès 1845, le peintre Joseph Ferdinand Boissard de Boisdenier (1813-1866) en devient à son tour locataire. Il y fonde le fameux « club des haschischiens », à la recherche de nouveaux paradis, dont Beaudelaire et Théophile Gautier sont membres.

En 1928, l’hôtel Lauzun est devenu la propriété de la ville de Paris. Il est mis à la disposition des chefs d’Etat étrangers en visite à Paris. Cette somptueuse demeure du Grand Siècle est ouverte à la visite au moment des Journées du Patrimoine (en septembre) et à de rares occasions. Profitez de ces journées pour courir y découvrir ces appartements, parmi les plus beaux du XVIIe siècle à Paris.

Vous pouvez également découvrir l’île Saint-Louis avec un guide-conférencier. Pour tout savoir sur cette visite, cliquez ici.

Adresse

17, Quai d’Anjou 75004 Paris


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