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Les Monop’ se couchent tard ! Comme vous !

Non mais quelle épopée ! Monoprix ouvre son enseigne-phare à Rouen en 1932, trois ans après la crise de 1929. Années difficiles pour tout le monde.

Il y avait de tout dans ce nouveau magasin populaire. Il était « bon marché » et le succès fut au rendez-vous. Addition. Multiplication. Quelques années plus tard c’était le rachat de Prisunic, en 1997.

Aujourd’hui, Monoprix aligne un total de 284 magasins, et revendique le fait qu’il s’agit là de « commerces de centre ville ».

Mais bien sûr, par soubresauts, entre temps, le centre ville a bien évolué. Et il n’est plus du tout de nos jours ce qu’il a été. Comme ils sont loin les cris et les bruits des petits métiers, les appels du « quatre-saisons », la litanie du vitrier, les rengaines de l’orgue de barbarie ou les crissements qui accompagnaient le rémouleur. Maintenant c’est plus du folklore, c’est pas du moineau ! C’est du lourd, du tertiaire, du cadre buriné, du jeune créatif, parfois du « pété-d’thunes », souvent de l’international qui mélange les langues à la pelle.

Les nouveaux urbains n’ont pas d’heures. Ils ne respectent pas grand-chose, sont assez imprévisibles et ils travaillent bien tard. Ils sont pas mal nomades, à éclipses fréquentes, et ils n’ont pas de temps pour les courses. Ils ne prévoient pas beaucoup plus loin que leur bout du nez, mais ils font pourtant assez souvent la fête. Comment les attraper ?

Ils déjeunent sur le pouce, de plus en plus rapidement, même si j’en vois quelques-uns qui traînouillent volontiers en terrasse. En centre ville, les foyers ont des effectifs ridicules, frisant bien souvent l’unité et la solitude.

Monoprix est vigilant, tenace, méthodique et observateur. Il ne ratera pas plus ce changement de comportement qu’il n’a raté les autres virages et foucades. En 1990, il avait mis dans ses rayons, premier distributeur à le faire, des produits issus de l’agriculture biologique. En 1994 c’était au tour des produits verts. Et, en 1998, il installait les produits équitables (que l’on pourrait juger aujourd’hui à l’aune du bilan carbone !).

Augmentation du nombre de repas pris en dehors du foyer ? Réduction drastique du temps de déjeuner ? Horaires bizarres ? … Et c’est alors que… 42 magasins Monop’ déferlèrent sur la France ! 36 en Région parisienne, mais Toulouse, Lyon, Nice, Cannes, Reims et Bastia ont aussi chacune le leur.

Quelques statistiques du phénomène sont assez éloquentes. 50% du chiffre est réalisé de 18 à 24h. Vous avez bien lu ! Les Monop’ sont ouverts de 9h jusqu’à minuit ! À minuit ? Il n’y a pourtant plus grand monde, mais n’oublions pas que la guerre fait rage parmi les concurrents. Le client doit penser que son magasin est « naturellement ouvert », et dans les horaires les plus larges. Il y aura donc bientôt très certainement de la casse, car les ouvertures de magasins de ville de toutes marques se multiplient !

50% de la clientèle des Monop’ a moins de 34 ans. 18% sont étudiants. 35% sont des CSP+, donc ont de bons revenus. Si 22% de la clientèle de Monoprix sont des hommes, à Monop’, changement, ils sont 34% !

Un Monop’ est une relative petite surface, en moyenne de 300 m2, avec 5 600 références (mais pas de textile). Un Monoprix fait plutôt 1 800 m2 et aligne de 20 000 à 30 000 références. Le textile fait 14% de son chiffre.

Le petit nouveau, le Monop’, paraît un peu vorace. Il cherche tellement à satisfaire ses clients dans les moindres de leurs désirs ! J’imagine que les commerçants installés dans ses environs immédiats vont souffrir. Monop’ propose du pain, biologique bien entendu. Et toc pour la boulangère du coin qui pensait que ce serait de la vilaine miche ! Voilà aussi des sandwiches et des salades offrant un bon équilibre nutritionnel, frais et sans conservateurs, et qui peuvent être consommés dans un espace réservé près des caisses. Et retoc la boulangère et ses sandwiches comme la restauration rapide à l’angle de la rue...

La clientèle exprime un besoin de proximité ? Alors que 72% des clients viennent une fois par semaine, 12% sont présents tous les jours ! Pari tenu.

Que demander de plus ? En option, peut-être une ouverture le dimanche ? Pas de problème si la loi le permet, comme dans le Marais, à Montmartre ou sur les Champs.

Que pensez-vous d’une telle offre (horaires, produits, surface, proximité) ?

Que pensez-vous de tels magasins (produits pour le placard et le frigidaire, et consommation immédiate) ?

En quoi ces magasins vous conviennent-ils ?

Que souhaiteriez-vous de plus ? De différent ?

À bientôt,

andre.balbo2@orange.fr

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