evous
repérez, proposez, partagez

Accueil > Paris > Vivre à Paris > Enjeux divers > Affaires, procès et scandales > Wildenstein > Entretien exclusif avec Me Dumont-Beghi, qui publie « L’Affaire Wildenstein. (...)

Entretien exclusif avec Me Dumont-Beghi, qui publie « L’Affaire Wildenstein. Histoire d’une spoliation. » Juste explosif !

vendredi 20 octobre 2017, par André Balbo

Maître Claude Dumont-Beghi, avocate d’affaires internationales, spécialisée dans la lutte contre la fraude et les évasions fiscales, vient de publier ce document, riche en révélations, aux éditions de l’Archipel. Passionnant de bout en bout, il ne devrait pas rester longtemps sans effets.

Me Dumont-Beghi a défendu avec acharnement, de longues années durant, Sylvia Roth-Wildenstein, veuve de Daniel Wildenstein, que l’on a dit le plus puissant et le plus riche marchand d’art du monde. Défendu Sylvia contre les tentatives de ses beaux-fils, Guy et Alec, de spoliation de sa part d’héritage, contre les connivences, contre le temps qui passe, arme redoutable entre certaines mains, au même titre que le silence, l’inertie administrative sélective, les frontières, les paradis fiscaux ou l’évasion de patrimoine érigée au rang de tradition familiale.

Guy Wildenstein, co-fondateur de l’UMP, grand collecteur de fonds aux États-Unis, notamment pour la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy, qui se proclame son ami, a été membre éminent du Premier Cercle des donateurs du parti présidentiel et, à ces titres, proche de l’ex-ministre du Budget Éric Worth. Conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger, il représente les Français de l’étranger à Washington. Guy W. a été distingué très chaleureusement le 5 mars 2009, par le président Sarkozy en personne, de la Légion d’honneur. Il existe de la cérémonie une vidéo émouvante.

Alec Wildenstein décédait en 2008. Sylvia Roth-Wildenstein en novembre 2010.

L’énorme fortune dont il est ici question rassemble des milliers d’œuvres d’art de valeurs inestimables (à titre d’exemple 180 tableaux, les plus beaux, du peintre Bonnard), un immense ranch au Kenya, des écuries de courses, une île, des galeries d’art réputées dans plusieurs pays, des immeubles, des sociétés, et des trusts, des trusts, des trusts...

Cette Affaire avec un grand A, peut-être la plus importante d’Europe en valeur à ce jour, tel un nouveau monstre du Loch Ness, parvient de loin en loin à la connaissance du public… sans pour autant que cela prête encore à conséquence d’aucune manière.

Evous.fr a pu poser quelques questions à Maître Claude Dumont-Beghi, sans qui rien de cette affaire ne serait parvenu à notre connaissance.

***

Evous.fr. Quel espoir conservez-vous aujourd’hui de voir régler par la justice la succession de Daniel W. ? Rappelons que les premières discussions et démarches datent d’août 2003, il y aura bientôt 9 ans.

Maître Claude Dumont-Beghi. Tout dépendra de la volonté de Bercy d’une part, et de la capacité des juges d’instruction d’autre part, dans les actions de coopérations judiciaires, notamment avec la Suisse, pour obtenir la réintégration effective des éléments d’actifs de la succession de Daniel Wildenstein.

Et donc permettant la liquidation de la communauté Roth/Wildenstein, et la fixation de la valeur de l’usufruit de Madame Wildenstein due, du 23 octobre 2001 au 13 novembre 2010, à réintégrer dans la succession.

Étant précisé que pour effectuer cette évaluation, il est reconnu par le Code civil français que les revenus de biens propres sont des biens communs (même si les trusts établis par Daniel Wildenstein pendant la communauté sont considérés comme des biens propres).

Donc, je garde espoir.

Vous écrivez que la publication de ce livre était une attente, voire une demande, de Sylvia R. À quelles motivations personnelles cela répondait-il ?

Me CDB. La volonté de Madame Wildenstein était de témoigner de 7 années de lutte, pour faire valoir ses droits, et des difficultés rencontrées dans un État de Droit pour ce faire.

Quelles révélations, quelles nouveautés factuelles ou argumentaires apportez-vous dans ce livre à l’épais dossier que vous défendez ?

Me CDB. Il y a beaucoup de précisions. Une chronologie nécessaire à la démonstration de vérité. Des informations concernant les relations avec les musées.

Pourquoi, selon vous, alors que cette affaire, du moins dans ses sanctions fiscales, serait en France, et peut-être en Europe, la plus importante connue, reste-t-elle encore entourée d’une telle discrétion ?

Me CDB. La question de la discrétion est à poser aux journalistes et aux politiques !

On a évoqué, pour les ayants droit de la succession de Daniel W., un total des redressements fiscaux de l’ordre de 600 millions d’euros, hors pénalités. (ndlr. près de 9 fois les redressements demandés aux Bettencourt) Que pensez-vous de cette estimation ? Et de celle qui est faite de la fortune de Daniel W., à savoir 4 milliards d’euros ?

Me CDB. (600 millions d’euros de redressements) Cela veut dire que 1,5 milliard d’euros a été réintégré d’ores et déjà dans la succession de Daniel Wildenstein.
Sa fortune était estimée par des professionnels, au moment de son décès, entre 5 à 10 milliards d’euros, étant précisé que les fils Wildenstein ont déclaré que toute la fortune de leur père était dans des trusts (cf. mon livre).

Que pourriez-vous dire des autres « affaires Wildenstein », antérieures ou connexes, dont vous avez eu connaissance ?

Me CDB. (Au sujet de l’)Autoportrait de Monet : je réponds dans le livre que ce tableau, sur lequel j’avais plaidé, était dans un trust, et (que) le trustee était Coutts Trust (cf. livre).
(Pour) Les œuvres volées de l’Institut Wildenstein : cf. livre.
« Torrent de la Creuse » : pas de commentaire.

En connaîtriez-vous d’autres ?

Me CDB. Je gère différents dossiers de refus d’inclusion dans les catalogues raisonnés d’œuvres déclarées authentiques, proposées aux Wildenstein (tableaux de Manet, Pissaro…)

Vous avez adressé successivement plusieurs courriers très renseignés au directeur général des finances publiques Philippe Parini, comme à 3 ministres du Budget successifs (Woerth, Baroin, Pécresse). Vous écrivez avoir eu confirmation (p. 171) que, plus de 18 mois après vos courriers des 12/06 et 07/09/2009, aucune intervention ni recherche n’avait été effectuée par ces services. Avez-vous reçu depuis, de la part des uns ou des autres, des remerciements, des demandes d’informations complémentaires, ou eu connaissance de débuts de vérifications concernant vos allégations ?

Me CDB. Je n’ai reçu aucune réponse, aucune information de quelque nature que ce soit.

Allégorie de la justice (1537), Lucas Cranach © Collection privée Panneau, 74x52cm

Avocate en charge d’une affaire aux si multiples aspects, vous est-il arrivé de vous sentir inquiétée d’une quelconque manière (pressions, sentiment d’être sur écoutes, suivie, contrôle fiscal ou autre) ?

Me CDB. Pression : oui. Tentative de déstabilisation : oui.
Sentiment d’être sur écoute : ...
Suivie : ....
Contrôle fiscal : oui.

Nous sommes en période électorale. Vous a-t-on reproché de faire le jeu de l’opposition ?

Me CDB. Je ne rentre dans aucune discussion politique.

Jérôme Cahuzac, député PS et président de la commission des Finances à l’Assemblée, a demandé que lui soient communiqués certains dossiers fiscaux, dont ceux de Bernard Tapie, et de Maurice Bidermann. Ne pensez-vous pas qu’une demande comparable concernant Guy W. serait justifiée ? (ndlr. la demande vient juste d’être faite)

Me CDB. Je ne sais pas, je l’espère.

À votre connaissance, Guy W. bénéficierait-il d’aussi solides appuis à gauche qu’à droite ?

Me CDB. Je ne crois pas que Guy Wildenstein bénéficie d’appui à gauche.

Vous suggérez « aux plus hautes autorités » d’accorder « quelques attentions supplémentaires à la partie immergée de la fortune des W. pour obtenir les justes réparations de ces évasions consenties depuis des générations. » (p. 203) Pourriez-vous être plus précise ?

Me CDB. Il faut une réelle volonté politique pour régler effectivement les problèmes de fraude dont les Wildenstein sont l’incarnation. Je vous précise à cette occasion que, malgré tout ce qui est raconté en matière fiscale, la réalité est tout autre.

Il a été mentionné dans la presse que le ministre de la Culture M. Frédéric Mitterrand avait promis le concours de son ministère aux investigations. En avez-vous eu connaissance ? De quelles réalités actives s’agirait-il ?

Me CDB. Je n’ai été approchée par personne du ministère de la Culture.

Vous écrivez « le silence a été ordonné » (p. 150). En auriez-vous des preuves tangibles ?

Me CDB. La condamnation de Sylvia Wildenstein, invraisemblable, pour tapage médiatique, qui est une qualification juridique surprenante, alors qu’elle n’a fait l’objet d’aucune action en diffamation, droit de réponse et autre.

Dans votre livre, Daniel W. paraît bien angélique, le summum étant le discours élogieux à son endroit d’Hugues Gall en annexe. On sait pourtant, par son petit livre de mémoires ("Marchands d’art"), que Daniel W. adhérait pleinement aux principes dynastiques familiaux de secret, de maintien de l’unité du trésor W., de jeux machiavéliques avec le temps, et de recherche de coups fumants. Cela ne vous a-t-il pas gênée dans vos actions et vos argumentaires ?

Me CDB. Je n’adhère pas au discours élogieux d’Hugues Gall. Je l’ai communiqué à titre d’information.
Rien ne m’a gênée dans ma démonstration d’avocat. J’ai défendu dignement les intérêts de Madame Wildenstein dans le but de la recherche de la manifestation de la vérité, conformément à l’article 10 du Code civil.

Que savez-vous des raisons de la procédure fiscale contre Daniel W. mentionnée par Guy et Alec, ayant notamment entraîné saisie de meubles et de tableaux avenue Montaigne, et pouvant aboutir, laissaient-ils entendre, à une procédure pénale contre Daniel et Sylvia ?

Me CDB. La procédure initiale fiscale contre Daniel Wildenstein portait sur les années 1996, 1997 et 1998 (contrôle fiscal classique).

***

Nous conseillons très vivement la lecture de l’ouvrage "L’Affaire Wildenstein. Histoire d’une spoliation" à quiconque cherche à comprendre le marché international de l’art, et les traditions ou ruses de certains de ses principaux maîtres. En vous immergeant dans ce véritable livre d’aventures, grand polar passionnant dont la triste spécificité est de ne traiter que de faits bien réels, votre volonté civique, votre culture, comme votre sens moral en tireront d’indéniables profits.

Maître Claude Dumont-Beghi vous y fait découvrir, sous les cieux exotiques de France, de New York, des Îles Vierges, du Kenya et des Bahamas, sans que nous ne soyons privés de la Suisse, bien sûr, une haletante recherche de vérité et de justice, aux prises avec des trafics d’influences, des abus de confiance, du recel, des spoliations, des montages financiers, et bien d’autres curiosités et finesses pour grandes fortunes et collectionneurs de haut vol...

La justice finira-t-elle enfin un jour par passer sereinement sur cette affaire qui mêle allègrement, comme d’autres plus souvent citées, les mondes des professionnels du conseil et de la finance, ceux de la conquête vorace puis de l’arrogante installation au pouvoir... et celui de l’évasion fiscale, grand sport de classe.

L’Affaire Wildenstein. Histoire d’une spoliation, Claude Dumont-Beghi, 238 p., 18,50€.

Nous vous conseillons aussi de suivre les différents épisodes que nous rassemblons au sein de "Wildenstein : retour sur les revues de presse d’une étrange affaire"... en commençant par le commencement.

André Balbo

sources : Maître Claude Dumont-Beghi, "L’Affaire Wildenstein. Histoire d’une spoliation", "Marchands d’art"

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.