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Wildenstein : retour sur les revues de presse d’une étrange affaire (12)

Dernière mise à jour : vendredi 27 janvier 2017, par Expositions

Paris. Le 3 avril 2011. Le fisc aurait-il cherché à étouffer l’Affaire Wildenstein ? On avait perdu les coordonnées du fisc ! Depuis belle lurette, de nombreux correspondants tentaient sans succès de joindre ses services, comme les ministres successifs qui les avaient coiffés... On était même à deux doigts de craindre que l’adresse portée sur toutes ces enveloppes n’ait pas été la bonne...

Que tous ces courriers aient été égarés était d’autant plus dommageable qu’il s’agissait d’une affaire dont l’incidence financière aurait certainement été d’un grand secours pour notre État endetté, le manque à gagner pour le fisc étant « d’un montant significatif, le patrimoine évadé dans les trusts (sociétés off-shore) apparaissant être d’un montant très significatif », et c’est une double litote que de le dire.

En 2007, par exemple, Me Claude Dumont-Beghi, avocate de Mme Roth, veuve de Daniel Wildenstein, avait déjà adressé plusieurs courriers aux services fiscaux, et au ministre du Budget Éric Woerth, puis à son successeur François Baroin, pour les alerter, chacun à son tour, sur cette situation.

À chaque fois, le silence en réponse avait été assourdissant.

Pieter Bruegel, dit l’Ancien, La Parabole des aveugles, 1568, Détrempe sur toile, 86x154cm. Galerie nationale de Capodimonte, Naples.

Vous pensez bien que, s’ils avaient reçu, l’un comme l’autre, ces courriers, ils y auraient répondu ! Ce sont des personnalités éminemment responsables !

Les derniers correspondants en date du fisc furent deux juges de Bordeaux, MM. Guillaume Daïeff et Serge Tournaire, chargés de l’instruction de l’affaire Wildenstein (2010 : abus de confiance et blanchiment).

Mais c’est loin Bordeaux, et les routes ne sont pas très sûres. Le Point affabulait sans aucun doute quand il racontait que, le 23 novembre 2010, ils auraient adressé à Bercy une longue et dense lettre de 2 pages, dont l’hebdomadaire avait pris connaissance, et dans laquelle étaient évoqués « des soupçons de fraude fiscale pesant sur la succession du milliardaire Daniel Wildenstein ».

Et ces magistrats (cette profession est-elle seulement crédible ?) dressaient même la liste des biens non déclarés, dont une incroyable collection de tableaux, un ranch au Kenya de 36 000 hectares, l’île Xanadu, aux Îles Vierges, la galerie d’art Wildenstein, à New York, et jusqu’à un mystérieux compte bancaire, au Japon.

Dans ce prétendu courrier, MM. Guillaume Daïeff et Serge Tournaire attiraient l’attention sur le fait que, si l’administration fiscale ne portait pas plainte avant le 31 décembre 2011, la fraude aurait été prescrite.

Le Point.fr, aurait alors poussé le vice jusqu’à prendre contact avec Philippe Parini, le directeur général des Finances publiques, qui se serait retranché derrière le "secret fiscal", tout en précisant que « l’administration n’a(vait) attendu ni les avocats ni les juges pour s’intéresser à ce dossier complexe ». Evous.fr, qui suit depuis bien longtemps cette affaire, tous ses avatars et ses éclatements de rustines, sait impertinemment, comme ses abonnés, ce qui rend ce dossier si sensible. Les détails sont dans nos articles sur cette saga…

Pour Le Point.fr, qui paraissait à l’époque particulièrement bien renseigné, l’inertie de Bercy était d’autant plus troublante qu’une note technique de 5 pages avait été rédigée par un agent du fisc, détaché au pôle financier, dans laquelle celui-ci listait « les éléments susceptibles de caractériser une fraude fiscale ».

MM. Guillaume Daïeff et Serge Tournaire avaient de plus déposé auprès du parquet de Paris « une ordonnance de soit-communiqué », c’est-à-dire une demande au procureur d’élargir le champ de leur enquête… ce que le parquet n’était pas en mesure de faire sans le préalable qu’une plainte soit déposée par l’administration fiscale.

En début d’année, n’ayant eu aucune réponse du fisc, les juges Guillaume Daïeff et Serge Tournaire adressaient un nouveau courrier, et recevaient enfin une réponse de Bercy, peu prolixe, certes, mais qui avait certainement dû les rassurer pleinement sur l’attention, ou l’intention je ne sais plus, portée au dossier Wildenstein : « Le dossier est en cours ».

La succession controversée de Daniel Wildenstein, décédé en 2001, entraînait l’ouverture de plusieurs enquêtes susceptibles d’inquiéter l’un des fils du collectionneur, Guy Wildenstein, représentant (UMP) de la circonscription de Washington au sein de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), et décoré de la Légion d’honneur en 2009 par Nicolas Sarkozy.

Sylvia Roth, la veuve de Daniel Wildenstein, décédée en novembre 2010, avait porté plainte contre son beau-fils Guy, qu’elle accusait d’avoir dissimulé, au fisc et aux autres héritiers, une large part de cette immense fortune, évaluée aujourd’hui à quelque 5Mds€, hypothèse vraisemblablement basse...

En février 2011, la jeune veuve d’Alec W. (le frère de Guy décédé en 2008), Liouba Stoupakova, ex-mannequin russe, déposait à son tour plainte contre X pour « abus de confiance », revendiquant les droits de son mari sur la succession du patriarche Daniel, réputé roi des collectionneurs et des marchands d’art de la planète.

Son avocat, Me Jérôme Casey, au lieu de chercher à calmer les choses, - il s’agit tout de même de plusieurs décès, et il y a un temps, par décence, pour le recueillement -, jetait méchamment de l’huile sur le feu en déclarant que, dans cette affaire, « l’État ne fai(sai)t rigoureusement rien ». Mesquin, il s’en étonnait même en rappelant que la cour d’appel de Paris avait elle-même évoqué, dans un arrêt de 2008, « l’évasion du patrimoine (de Daniel Wildenstein) dans des sociétés étrangères et des trusts ».

Par retenue, nous n’avons évoqué ici que les disputes d’héritages en cours. Quelques autres affaires, susceptibles d’intéresser le fisc et/ou la justice, commençaient à encercler de plus en plus près le vénérable institut Wildenstein. Mais y faire allusion ici aurait rendu l’article encore plus confus, et il faut savoir raison garder.

En revanche, notre outil de recherche permettra aisément aux lecteurs intéressés de les retrouver...

André Balbo

sources : Le Figaro, Le Point, quelques juges et quelques avocats, les silences sont du fisc

Wildenstein : retour sur les revues de presse d’une étrange affaire

Entretien exclusif avec Me Dumont-Beghi, qui publie L’Affaire Wildenstein. Histoire d’une spoliation. Juste explosif !

30 juin 2010. Abus de procédures et/ou succession difficile ? (1)
6 juillet 2010. Une deuxième Affaire Bettencourt ? (2)
22 juillet 2010. Paris commençait-il à s’attaquer à la "délinquance astucieuse" ? (3)
14 septembre 2010. Dépôt de plainte au pénal à Paris dans la succession Wildenstein. (4)
4 novembre 2010. Un nouveau départ de l’Affaire Wildenstein ? (5)
16 novembre 2010. Après le décès de Sylvia Roth, qu’adviendra-t-il de l’affaire Wildenstein ? (6)
9 décembre 2010. Début des perquisitions dans l’Affaire Wildenstein... (7)
2 février 2011. Bonne pioche pour la police à l’Institut Wildenstein ! (8)
17 février 2011. Les Wildenstein n’ont décidément pas de chance avec les femmes. (9)
28 février 2011. L’édifiante histoire du Portrait de Claude Monet, de John S. Sargent, devenant au fil du temps un Autoportrait, de Claude Monet. (10)
Le 9 mars 2011. Les ministres Baroin et Mitterrand disaient se charger bientôt de l’Affaire... (11)
Le 3 avril 2011. Le fisc aurait-il cherché à étouffer l’Affaire Wildenstein ? (12)

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