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L’exposition d’art contemporain russe à Pompidou : enrichie et prolongée !

17 février 2017 par André Balbo

Du 14 septembre 2016 au 2 avril 2017 au Centre Pompidou, Niveau 4 : Kollektsia ! Art contemporain en URSS et en Russie (1950-2000).

Le Centre Pompidou présente du 27 février au 2 avril 2017 un parcours élargi de l’exposition, enrichi de la centaine d’œuvres offertes au musée depuis septembre 2017 et montrées ici pour la première fois.

Préparez-vous dans les mois qui viennent à une avalanche d’événements culturels d’origine russe ou soviétique avec l’approche du centenaire de la Révolution d’Octobre...

Le Centre Pompidou tire le premier avec un événement spectaculaire et rare d’une durée de près d’un semestre !

Il est vrai que celui-ci a bénéficié d’un don extraordinaire évalué à quelque 6 millions d’euros et rassemblant plus de 250 œuvres soviétiques et russes contemporaines. Le geste, très apprécié par le musée, était mené avec le soutien de la Vladimir Potanin Foundation (du nom d’un oligarque russe pointant dans le classement des fortunes mondiales vers la 60e place), grâce à sa générosité comme à celle de collectionneurs, d’artistes et de leurs familles.

Il était d’ailleurs plus que temps que le plus grand musée européen d’art moderne et contemporain s’ouvre enfin à l’art contemporain russe...

Mikhail Roginsky (1931-2004), Clôture rose, rails, 1963, huile sur toile. Don Inna Bazhenova & Dmitry Samorukov, 2016

L’ensemble des 30 conservateurs du Centre a participé au choix des œuvres, comme la commission des amis du musée. Sélection lourde et longue.

Les 1 200m2 de cette exposition jouxtent l’exposition de la collection Wagner, et la proximité est assez... radicale du fait de la proximité du caniche impérial et munificent de Jeff Koons qui surveille l’allée.

Sans prétendre aucunement à l’exhaustivité, cet ensemble, parce qu’il est composé d’œuvres d’artistes russes majeurs, offre malgré tout un panorama de quelque 50 années d’art contemporain en URSS puis en Russie (donc post-Perestroïka), à travers les principaux mouvements qui les ont sillonnées. Cet art contemporain est dans son ensemble un art non officiel.

Anoufriev Sergueï. Premier discours de Gorbatchev. Crayon feutre sur chemise coton. Hauteur 86cm. 1986

La présentation de cette exposition, soulignons-le, exceptionnelle, donne à voir la richesse d’un art résolument né en marge du cadre officiel. En même temps, le terme "richesse" n’est pas vraiment adapté si on le rapproche des années économiquement sombres que durent vivre les artistes de ces années-là. Jugez-en aux supports des œuvres, fragiles et pauvres...

Dès la fin des années 1950, les artistes « non conformistes », à l’instar de Francisco Infante Arana, Vladimir Yakovlev ou Yuri Zlotnikov, stimulés par les expositions internationales à nouveau permises par la politique khrouchtchévienne de « dégel », renouent avec les pratiques esthétiques des avant-gardes russes des années 1920, passablement passées jusqu’à cette époque aux oubliettes, et qui furent elles-mêmes sources d’inspiration pour tant d’artistes occidentaux.

Dmitri Prigov (1940-2007), Le Coin / GLASNOST, 1989, papier journal, peinture. Don

Ces artistes russes cherchent à inventer leur propre langage plastique. En 1962, après la visite de l’exposition par Khrouchtchev et le Politburo des 3 salles non conformistes incluses dans la fameuse exposition du Manège à Moscou, celui-ci bannit pour plusieurs années de l’espace public toute expression artistique contraire à la doctrine du réalisme socialiste, doctrine qui avait déjà dès les années 1930, mis une première fois fin aux expérimentations modernes en URSS.

Cette action marqua une marginalisation et une précarisation encore plus grande des artistes, qui ne trouvèrent plus comme interlocuteurs ou acheteurs que des diplomates ou des touristes.

Un artiste explique plein d’humour que l’art contemporain ne pourra jamais composer avec un régime en place, pas plus qu’un mari s’entendre avec sa femme, ou des enfants avec leurs parents...

Vladimir Yankilevsky, 1936, Tryptique n°32. Inconcevabilité de l’être, 2013, huile et acrylique sur toile et isorel. Don de la Vladimir Potanin Foundation

Les années 1970 voient l’émergence de deux mouvements aux frontières poreuses. L’École conceptualiste moscovite prend une ampleur déterminante sous l’impulsion d’Ilya Kabakov, de Viktor Pivovarov, de Rimma et Valéry Gerlovin, suivis d’Andreï Monastyrsky et de Dmitri Prigov à qui une salle de l’exposition est consacrée.

Accordant une place prépondérante au langage, travaillant à la croisée de la poésie, de la performance (Prigov sera interné dans les années 1980 pour avoir déclamé sa poésie en pleine rue) et des arts visuels, ces artistes proposent dans la Moscou de la « Stagnation » un art conceptuel reflétant la primauté de la littérature dans la culture russe.

Une seconde génération d’artistes rejoint la communauté conceptualiste à la fin des années 1970 (École conceptuelle de Moscou), comme le groupe Mukhomor, Yuri Albert, Mikhaïl Roshal, Viktor Skersis ou Vadim Zakharov.

Yuri Albert, Y.F. Albert donne aux gens toute la chaleur qu’il engendre, 1978, Tirage gélatino-argentique, 89 x 61 cm. Don de la Vladimir Potanin Foundation

Concomitant du conceptualisme moscovite, le Sots art, inventé par le duo Komar et Melamid, détourne dans une veine pop les codes de la propagande soviétique. À la différence des artistes pop, confrontés à la surabondance de biens de consommation, Alexandre Kosolapov, Boris Orlov ou Leonid Sokov démythologisent l’environnement idéologique de la société soviétique.

Courant fécond dont certains des protagonistes émigrent dès les années 1970, le Sots art marque fortement l’esthétique des années de la perestroïka, animant l’œuvre de différents artistes à l’instar de Grisha Bruskin.

Au milieu des années 1980, l’avènement de la perestroïka provoque un véritable bouillonnement créatif, imprégné d’une culture underground, émanant de différents squats.

Un fort pressentiment de liberté enivre alors les jeunes artistes : Sergei Anufriev, Andreï Filippov, Yuri Leiderman, Pavel Pepperstein ou le groupe Pertsy à Moscou, Sergei Bougaev-Afrika, Oleg Kotelnikov, Vladislav Mamyshev-Monroe ou Timur Novikov à Leningrad.

Eduard Steinberg (1937-2012), Varvara, 1963, huile sur toile, Don de Galina Manevich-Steinberg, 2016

Un fort accent est mis sur les années 70 et 80, qui marquent une période particulièrement foisonnante d’actions artistiques collectives aussi bien dans la figuration libre de Leningrad avec des artistes comme Oleg Kotelnikov, Serguei Bugaev-Afrika, qu’avec le groupe des Champions du Monde originaire de Moscou et issu de son École conceptuelle, très actif et radicaux de 1986 à 1988, avec Konstantin Latyshev, Gia Abramichvili, et aussi celui de l’Herméneutique médicale avec Pavel Pepertsein.

Parmi ceux-ci, presque tous ont œuvré dans les squats moscovites de Furmanny Lane et Tchistye Proudy.

La fin de la décennie est marquée par la légitimation de cet art né dans les marges. Les mécanismes du marché de l’art, encore inexistant, commencent à se mettre en place : en 1988, une première vente aux enchères qui est organisée par Sotheby’s à Moscou, donne une valeur tangible à l’art non officiel.

Très rapidement, les frontières avec l’art officiel disparaissent. Une nouvelle génération d’artistes s’affirme, incluant AES+F, Dmitri Gutov, Valéry Koshlyakov ou Oleg Kulik.

Kozlov Nikolaï. Nicht schlaffen. Moscou. Technique mixte 150 x 77 cm. 1987.

À partir des années 2000, l’art contemporain s’institutionnalise et intègre peu à peu la culture nationale. Initiative inédite imaginée avec la Vladimir Potanin Foundation, ce projet dépasse le cadre d’une simple exposition. Signe fort d’un engagement pérenne du Musée national d’art moderne, les œuvres rassemblées rejoignent les collections nationales.

Elles y complètent des fonds modernes de référence de la première partie du XXe siècle, avec Kandinsky, Malévitch, et le couple Larionov / Gontcharova, entre autres, ainsi que plusieurs œuvres contemporaines majeures acquises depuis les années 1980 grâce à la passion des conservateurs du Centre Pompidou.

Ce nouvel ensemble permet au musée de partager avec un large public, en France et à l’étranger, la connaissance d’une histoire dont il est trop fréquemment pensé qu’elle s’est arrêtée à la fin des années 1920. Intégrées à une collection contemporaine résolument internationale, ces œuvres venues d’URSS et de Russie dialoguent avec des formes artistiques de tous horizons, ouvrant de nouvelles perspectives pour l’étude et la recherche.

Cet enrichissement significatif des collections donne enfin toute leur place au sein de l’institution à de nombreux artistes russes installés à Paris à partir des années 1970, comme Erik Bulatov, Igor Shelkovsky, Oscar Rabin, Eduard Steinberg ou Vladimir Yankilevsky.

Le Musée national d’art moderne remercie très chaleureusement la Vladimir Potanin Foundation, dont il partage la volonté de permettre l’accès à la culture et la diffusion des connaissances.

Zvezdotchetova Iarissa Rezun. Gloire aux constructeurs de Pyramides. Technique mixte sur contreplaqué. 150 x 120cm. 1988

Le Centre Pompidou espère que la coopération engagée dans le cadre de ce projet, qui se poursuivra certainement à l’avenir, scelle le début d’une amitié durable. Il souhaite également rendre un hommage appuyé à l’ensemble des donateurs qui démontrent de façon exemplaire les vertus d’un effort collectif tendu vers la défense des artistes et de leurs œuvres.

Parmi ceux-ci faisons mention notamment de Ekaterina et Vladimir Semenikhin et de la Tsukanov Family Foundation. Signalons également des collectionneurs contributeurs particuliers français, comme Paquita Escofet Miro, présente à Moscou et Leningrad dès le début des années 1980 et très liée à ces différents groupes d’artistes alors en pleine effervescence créative. Citons également Pierre Christian Brochet, autre notable contributeur, proche de ces mêmes milieux.


Konstantin Latyshev, du groupe des Champions du Monde. Rideau de scène 3 x 4 m, 1988

Les organisateurs du projet remercient enfin les équipes du Multimedia Art Museum de Moscou pour l’aide significative apportée à sa réalisation.

Cette présentation des œuvres nouvellement acquises est inscrite au programme de l’année 3 franco-russe du tourisme culturel et s’accompagne d’un cycle de conférences et de projections qui se déploiera jusqu’en janvier 2017.

L’enthousiasme suscité par cette exposition auprès de donateurs de tous horizons a permis au musée de poursuivre les acquisitions et d’ouvrir un parcours enrichi.

À partir du 27 février 2017, la centaine de nouvelles acquisitions est présentée et articulée à l’ensemble inauguré en septembre dernier. Certains artistes des années 1960, dits « non conformistes », font leur entrée en collection grâce à la générosité d’Igor Tsukanov tout comme les projets utopiques des « architectes de papier » des années 1980, ou encore des œuvres d’artistes du mouvement Sots art.

Mais c’est surtout à travers la performance que cet ensemble s’étoffe aujourd’hui, avec les œuvres de Dmitri Prigov, Komar & Melamid, Oleg Kulik, Blue Noses, du collectif Chto Delat ou encore d’Andreï Kuzkin, récent jeune lauréat du Prix Kandinsky.

La commissaire russe de l’exposition est Olga Sviblova, Directrice du Multimedia Art Museum, Moscou. Le commissaire français est Nicolas Liucci-Goutnikov, conservateur, Musée national d’art moderne.

Kollektsia ! Art contemporain en URSS et en Russie (1950-2000), du 14 septembre 2016 au 2 avril 2017 (prolongation), au Centre Pompidou, Musée, Niveau 4, 75191 Paris cedex 04, 01 44 78 12 33, métro Hôtel de Ville, ou Rambuteau.
Ouvert de 11 à 21h tous les jours, sauf le mardi. 14 ou 11€, valable le jour même pour le Musée national d’art moderne et l’ensemble des expositions.
www.centrepompidou.fr

Lire aussi : Toutes les expositions 2017 au Centre Pompidou.


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Vous retrouvez comme chaque année dans PARIS 2017. LES GRANDES EXPOSITIONS de A à Z les différentes expositions annoncées par leurs établissements et musées.

Frederic Leighton (1830–1896) Crenaia, the nymph of the dargle, ca. 1880 Huile sur toile 76.2x26.7 cm Colección Pérez Simón, Mexico © Arturo Piera, Musée Jacquemart-André 09/13-01/14

Dans Le CALENDRIER 2017 des grandes expositions à Paris ces mêmes expositions sont classées par dates.

Dans la série Toutes les expositions 2017-2018 dans les plus grands musées de Paris... lire également :
Au musée du Louvre, au Centre Pompidou, au Grand Palais, au musées d’Orsay et de l’Orangerie, au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, au Jeu de Paume, au Palais de Tokyo, à la Bibliothèque nationale de France, au musée du Quai Branly, au musée des Arts décoratifs, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, au musée Guimet, au musée Galliera, au Petit Palais, et au Château de Versailles.

Nous nous efforçons de tenir ces articles à jour, et nous vous remercions des suggestions, précisions, ajouts et corrections que vous pourriez être amenés à apporter à ces programmes.

Nous vous indiquons chaque semaine les nouveautés, les expositions qui fermeront bientôt leurs portes, et... nos préférences, car on ne se refait pas : PARIS EXPOS HEBDO. Nouveautés / Conseils / Derniers Jours.

Vous pouvez consulter plus d’une centaine de présentations d’artistes, classées de A à Z.

Contre l’actualité artistique qui chasse ce que l’on se croyait capable de retenir, les catalogues d’expositions peuvent avoir, quand ils sont faits avec exigence, un rôle certain à jouer. Nous établissons, au fur et à mesure de leur publication, notre sélection des catalogues d’expositions 2017 de Paris, comme nous l’avons fait les années précédentes : 2016, 2015, 2014, 2013, 2012.

Nous vous proposons aussi une sélection de musées et d’expositions 2017 dans les villes françaises suivantes, que nous nous efforçons de tenir assez régulièrement à jour :
- Aix-en-Provence - Albi - Les Alpilles - Angers, - Angoulême - Antibes - Arles - Aubagne - Avignon : Saintes-Maries-de-la-Mer, L’Isle-sur-la-Sorgue - Bègles - Biarritz - Biot, - Blois - Bordeaux - Bourg-en-Bresse - Cagnes-sur-Mer, - Cannes, - Carcassonne - Dijon - Grasse- Grenoble - Hyères - Ile-de-France : Auvers/Oise, Boulogne-Billancourt, Bussy-Saint-Martin, Chamarande, Chantilly, Châtenay-Malabry, Compiègne, Écouen, Fontainebleau, Giverny, L’Isle-Adam, Jouy-en-Josas, Malmaison, Marne-la-Vallée, Meudon, Milly-la-Forêt, Noisiel, Pantin, Pierrefitte/Seine, Poissy, Pontoise, Royaumont, Rueil-Malmaison, Saint-Cloud, Saint-Denis, Saint-Germain-en-Laye, Saint-Ouen-l’Aumône, Sceaux, Sèvres, Versailles, Vitry/Seine, Yerres - Le Cannet - Le Havre - Lens - Le Rayol - Le Canadel/Mer - Les Sables-d’Olonne - Libourne - Lille : Villeneuve d’Ascq, Roubaix, Tourcoing, Croix, Graveline, Cassel, Valenciennes - Lodève - Lyon - Marseille - Martigues - Metz - Monaco, - Montauban - Montpellier - Mougins, - Nantes - Narbonne - Nice - Nîmes - Ornans - Rennes : Landernau, Quimper - Rodez - Rouen - Saint-Étienne - Saint-Nazaire- Saint-Paul-de-Vence, - Saint-Tropez - Sérignan - Sète - Strasbourg - Toulon - Toulouse - Tours - Valence - Vallauris - Vence - Vendôme - Villeurbanne

Et juste des musées et expositions temporaires pour quelques villes étrangères : Amsterdam : Harlem, Rotterdam, La-Haye, Bois-le-Duc Berlin Bâle Bruxelles Genève Londres Madrid Milan, et Venise.

André Balbo

sources : Visite, Centre Pompidou, Paquita Escofet Miro

Dernière modification : par André Balbo - Crédit image : Courtesy Centre Pompidou
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Bonjour, Merci pour ce super article super détaillé ! Je vous contacte car j’aimerais connaître la date du tableau dont vous avez publié (...)

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